Kalimera ! Le 1er ministre Alexis Tsipras vu par les Grecs

Le premier ministre Grec, Alexis Tsipras (Crédit Photo : DIE LINKE. in Europa)

Le premier ministre Grec, Alexis Tsipras (Crédit Photo :
DIE LINKE. in Europa)

Il y a une semaine, j’ai eu la possibilité de m’échapper de mon train-train quotidien. Destination ? La Grèce ! J’étais ravie de pouvoir me « déconnecter physiquement » de la France et de larguer les amarres, ne serait-ce que pour un bref moment. Le moment fut bref, mais tellement grisant ! Que dis-je, un envoûtement. Ah la Grèce terre ruinée mais terre d’enchantement.

Athens. View from The Parthenon. (Crédit Photo : Dieretou)

Athens. View from The Parthenon. (Crédit Photo : Dieretou)

Comme Dora l’exploratrice, je prends tout ce qu’il me faut dans mon « cartable ». C’est en Europe du Sud la Grèce, c’est assez éloigné de ma petite province midi-pyrénéenne (d’ailleurs il y a une heure de décalage horaire), alors même si ce n’est point pour durer je ne veux pas être « surprise » par les événements, résultat : ma valise pèse deux fois ce qui était prévu. Je vois déjà vos regards désapprobateurs, ben quoi ? Une femme ça a besoin de beaucoup de choses, ce n’est pas comme ces messieurs qui eux peuvent porter les mêmes baskets six jours de suite 🙂 . Mais on s’égare, revenons au voyage.

Station Pireus, le Port.  (Crédit Photo : Dieretou)

Station Pireus, le Port. (Crédit Photo : Dieretou)

Ainsi donc dans l’avion d’Air France qui me mène à Athènes pendant trois heures de vol (Dieu merci, saine, sauve et entière au regard de l’actualité aéroportuaire) je commence un petit peu à angoisser. En effet dans cet appareil, il n’y a que trois Noirs moi y compris pour environ 200 passagers. Humm… mes amis de la diaspora savent certainement de quoi je parle, vous savez cette fâcheuse habitude dès qu’on arrive à un endroit de « compter » le nombre de Noirs parmi nous : en classe, dans une boîte de nuit, dans une entreprise, etc. Pratique destinée à nous rassurer je ne sais comment. Pourquoi on fait ça ? Je ne sais pas, mais ça doit être psychologique.

Quoi qu’il en soit les choses ne débutent pas très bien et je commence à me demander si je vais atterrir dans un pays où la race noire est encore méconnue et où les gens vont me regarder soit comme une pierre du néolithique soit comme une œuvre d’art ! Serais-je victime de racisme là-bas? Je vérifie mes notes de voyage, déverrouille ma tablette et parcours les informations que j’ai glanées ici et là il y a quelques jours pour le bon déroulement de mon séjour. Les lieux à visiter avec le guide du routard spécial Greece, la mentalité de la population sur des blogs de voyage, etc. Car bien entendu la dernière chose dont j’ai envie, est de revivre ma traumatisante expérience du Maghreb !

Non non pourtant, pas grand-chose à signaler de ce côté dans mes notes. Rien d’insurmontable en tout cas. Et puis des Noirs dans un avion, qu’est ce que ça prouve après tout ? Finalement, je réajuste ma ceinture et entreprends une petite sieste pour me calmer et chasser les vilaines cernes qui me guettent.

Aegina Island.  (Crédit Photo : Dieretou)

Aegina Island. (Crédit Photo : Dieretou)


J’arrive à Athènes vers 13 h, heure locale et ça y est l’aventure commence. Dans l’aéroport ? Toujours zéro Noir et quelques regards sur moi, mais j’essaie de ne pas y prêter attention. Je me dirige vers la sortie Taxis où un très grand monsieur vient à ma rencontre tout sourire. Sourire marketing me direz-vous ! On s’en fout, j’aime son visage paternel et mon anxiété s’évapore petit à petit. Je grimpe dans son bolide et on est parti. Je lui donne l’adresse de mon hôtel qu’il connaît déjà heureusement pour avoir déposé certains touristes à cet endroit ! Avec mon anglais approximatif je commence à discuter avec lui, la vie à Athènes, comment a-t-il vécu la crise, etc. Les réponses affluent et nous nous lançons dans une conversation bon enfant où mes questions se font tout de même de plus en plus intrusives ! Je veux tout savoir moi !

Commerces à Akropolis .  (Crédit Photo : Dieretou)

Commerces à Akropolis . (Crédit Photo : Dieretou)

Mon chauffeur est un Grec qui doit avoir la cinquantaine, il m’explique la désillusion qui a frappé la population après l’annonce de la dette grecque. Il m’affirme avoir perdu foi en la politique et que le gouvernement ne lui inspirait plus confiance! Il parle, parle, et moi j’écoute, j’écoute. Je me sens comme une journaliste en reportage. Il m’explique comment les salaires ont été drastiquement baissés sans crier gare, comment il a perdu son emploi de bijoutier, son désespoir. Le trajet d’une trentaine de minutes me permet de le questionner sur Alexis Tsipras, le nouvel homme fort de la Grèce. Il émet certaines réserves, il veut bien lui accorder le bénéfice du doute, mais pas plus. Il s’explique :

_You know, Tsipras is a young man, he got a lot of ambitions for the country. But will they let him work ? I don’t think so. Look at Kennedy, he was so dynamic, full of dreams, he wanted to change the world. And what they did to him? They killed him.

(Vous savez, Tsipras est jeune, il a de nombreuses ambitions pour le pays. Mais le laisseront-ils travailler ? Je ne pense pas. Regardez Kennedy, il était dynamique et plein de rêves, il voulait changer le monde. Et que lui ont-ils fait ? Ils l’ont tué!)

Je sursaute, peut-on en arriver là en Grèce? . J’en profite pour lui demander des informations sur l’hypothétique présence de la mafia et des cartels en Grèce.

_Oh they are everywhere in the world. (Oh ils sont partout dans le monde)

Nous nous arrêtons là sur ce sujet assez délicat.

_What about Black people here ? Greek are they usually racist or xenophobic ?

(Et les Noirs ici ? Les Grecs sont-ils racistes ou xénophobes en général ?)

J’essaie de tester tant bien que mal sa franchise par cette question que je lui pose sans ambages en observant son regard dans le rétroviseur.

_ I wouldn’t say that, me répond-il en faisant une petite moue désinvolte… Here we love the tourists and Black people doesn’t cause mess or disorder so there is not problem.

(Je ne dirais pas ça. Ici on aime les touristes et les Noirs ne sèment pas de pagaille donc il n’y a pas de problème.)

Nous passons donc aux joyaux de la ville d’Athènes : le temple de Zeus à Akropolis, le Parthenon, l’Agora, Syndagma, les magnifiques îles Hydra, Aegina, Zakynthos, les boîtes de Gazi, Pireus (le port), etc. qu’il me conseille expressément de visiter. Je lui dis que j’y compte bien et nous nous séparons gaiement alors que je lui promets de le rappeler en cas de besoin. Le prix du trajet : 40 euros.

Métro Athènes.  (Crédit Photo : Dieretou)

Métro d’Athènes. (Crédit Photo : Dieretou)

Tout au long de mon escapade, je découvre une population qui peine financièrement à s’en sortir certes comme partout, mais ici plus qu’ailleurs. Les ménages touchant peu ne consomment plus. Ils préfèrent désormais mettre de l’argent de côté que de dépenser pour se faire plaisir. Ils sont traumatisés à l’idée d’être frappés par une seconde mauvaise nouvelle dans le secteur économique. Le commerce a perdu de ses galons et l’économie se trouve désespérément asphyxiée puisque les industries n’arrivent plus à écouler leurs marchandises qui sont soldées.

Temple du Dieu Olympien Zeus.  (Crédit Photo : Dieretou)

Temple du Dieu olympien Zeus. (Crédit Photo : Dieretou)

Cela fait sans aucun doute le bonheur des touristes qui se procurent des biens et services sans avoir à dépenser beaucoup mais pour les Grecs, c’est une vraie catastrophe. Je me rappelle de cet épicier chez qui j’étais allée acheter des fruits tôt le matin vers 7 h. J’étais sortie de mon hôtel non seulement pour retirer des sous au distributeur d’à côté mais aussi pour appréhender ce quartier toute seule, à ma manière.

Le Parthenon .  (Crédit Photo : Dieretou)

Le Parthenon, vue du bas. (Crédit Photo : Dieretou)

Pendant une heure j’ai marché pour mieux me repérer dans ce nouvel espace où la plupart des boutiques et enseignes sont en alphabet grec. Lorsque je vois ces fruits sur son étal délicieusement exposés, je ne résiste plus et me dirige vers sa boutique :

_G’morning, lancé-je à la volée dans l’espoir d’avertir quelqu’un de ma présence.

Le gérant, un jeune monsieur dans la trentaine, est au fond de sa  boutique. Une calculatrice à la main, le front plissé  tentant de se démener tant bien que mal dans ce qui me semble être de loin, des chiffres.

_Kaliméra (bonjour) me répond-il…

Aïe, je sens qu’avec lui ce sera compliqué de discuter puisqu’il a l’air de ne parler que grec.

Je lui achète une poche pleine de fruits appétissants : bananes, pommes, fraises, clémentines. Cela a l’air de le dérider et après avoir payé, je tâte doucement le terrain puis lance mes questions habituelles :

_So, what about the economic crisis ? Was it hard for your business?

(Et au sujet de la crise économique ? C’était dur pour ton commerce ?)

_Oh truly hard, me répond-il…

(Vraiment difficile)

Nous devisons un bon quart d’heure pendant lequel il loue la venue de Tsipras et de son équipe comme celle d’un messie. Lui et ses amis me dit-il, placent tous leurs espoirs dans ce nouveau départ! Il me parle de dignité retrouvée et je veux presque y croire tellement que son optimisme est contagieux. Il m’apprend quelques mots en grec qu’il me note sur un papier.

_ Ef̱charistó̱ polý (Merci beaucoup). Lui dis-je dans un sourire en tournant les talons.

C’est ainsi que s’écoule tranquillement mon séjour, et je ne fais l’objet d’aucun racisme. Les gens me parlent tranquillement, sont agréables quand je vais vers eux et je commence à honnêtement apprécier cette ville. Cette μαμά (mamà) grecque avec ses longues robes fripées et son sourire bienveillant à qui je demande mon chemin lorsque je m’égare, ces petites adolescentes beaucoup trop maquillées pour leur âge que je croise au théâtre Dionysos, qui devinent je ne sais comment que je ne suis pas d’ici et me lancent un charmant :

Where are you from ?

Auquel je réponds :

_France.

Avant de s’extasier les yeux écarquillés :

_Oh Parisss (lire parice) I love this country. Puis elles continuent :

_ I will go there as soon as I’ll got my own money. Alexis Tsipras will change everything and we’ll got jobs.

A la bonne heure! leur dis-je. Elles dégagent un aimable enthousiasme que je ne voudrais gâcher pour rien au monde.

Je remarque que les adultes et les personnes âgées sont plus méfiants face à ce nouveau régime auquel ils souhaitent certes toute la réussite mais gardent néanmoins la tête sur les épaules. Ils savent que la lutte pour renégocier la dette sera acharnée notamment avec celle qu’ils appellent ici « La Merkel » avec dédain.

Après quatre jours de longues journées d’excursions découvertes un peu partout à Athènes: le quartier fleuri d’Anafiotika, le marché aux puces de Monastiraki, sautiller à Petralona, Keramikos et j’en passe; je suis à la veille de mon retour. Toutes les bonnes choses ont une fin. Je décide donc d’aller jeter un coup d’œil vers ces pittoresques îles célèbres : une qui est « assez proche » d’Athènes c’est-à-dire à quarante minutes de trajet en catamaran : Aegina; et une autre dont le parcours est digne d’une odyssée : Zakynthos. Mais le jeu en vaut sans aucun doute la chandelle. Le décor est féerique.

Zakinthos Island.

Zakinthos Island.

Pendant cette minicroisière je fais la connaissance d’un autre barbu de grec (ah oui j‘oubliais de vous le dire, les hommes sont presque tous barbus et les jeunes femmes sont en général de jolies petites brunes aux traits prononcés, ce qui leur confèrent un petit air énigmatique très séduisant), avec qui j’ai une autre discussion passionnante et instructive. Il a vingt-sept ans, est consultant en informatique dans une entreprise de la place et parle un peu français. Il trouve aussi que Tsipras est une bénédiction pour la Grèce. Il m’explique que l’Union européenne a beaucoup été trop dure avec eux qu’il est plus que temps de changer la donne. J’ose tout de même un petit :

_Je comprends les répercussions sociales de l’austérité sur le long terme, mais ce n’est pas à l’UE qu’il faut en vouloir et si on vous annule cette dette qui a déjà été réduite par le passé, ce sera aux autres pays membres de payer pour vous, pour les folies de grandeur de votre ancien gouvernement alors qu’eux ont été sages. C’est injuste. It is so unfair, appuyé-je en anglais.

Je le regarde, je suis peut-être allée un peu trop loin. Heureusement, il sourit puis ajoute :

_ Néanmoins ça ne peut plus continuer me dit-il, les Grecs ont trop souffert et ce n’était pas de leur faute non plus, la seule erreur qu’on peut leur reprocher est d’avoir eu confiance en leurs élus. Et puis ce n’est pas comme si l’Allemagne elle, avait entièrement remboursé sa dette de guerre non plus.

Cette dernière tirade me fait sourire. Un point sur lequel je n’ai aucun mal à le rejoindre.

 

 

Le catamaran avec lequel on a voyagé.  (Crédit Photo : Dieretou)

Le catamaran avec lequel on a voyagé. (Crédit Photo : Dieretou)

Le lendemain, j’embarque pour mon vol retour, en gardant un ravissant goût de cette petite virée captivante et en me promettant intérieurement de revenir dès que je pourrai.

Airbus 15 32 . (Crédit Photo : Dieretou)

Hello from the sky. (Crédit Photo : Dieretou)

7 Commentaires

  1. Intéressant (Et très beau voyage). On imagine à peine la catastrophe que la crise a été pour les grecs (bon, nous en Afrique ça nous fait plus ou moins rigoler vu qu’on est nés dans la « crise »)
    Tsipras est un « rookie » qui fait sensation et suscite beaucoup d’espoirs. Mais je doute fort que ce soit réel. Vu comment le système fonctionne, il m’étonnerait qu’il puisse s’en tirer à bon compte et surtout tirer son pays du gouffre aussi facilement (Il n’a pas les moyens de Poutine).
    Et si jamais il ne cède pas aux négociations dans les couloirs obscurs de la politique… Je crois que c’est ton chauffeur qui résume le mieux ma pensée:
    « On verra bien ce qu’il en est.You know,. Tsipras is a young man, he got a lot of ambitions for the country. But will they let him work ? I don’t think so. Look at Kennedy, he was so dynamic, full of dreams, he wanted to change the world. And what they did to him? They killed him »

    1. Oui peut-être bien… Mais moi je ne sais pas. il m’inspire confiance. Lol . Loin de toute pensée utopique, à defaut de tout changer je suis persuadée qu’il ameliorera pas mal de choses. Mais bon we’ll see. 😉

  2. Merci de nous voyager dans tes trajets en Grèce. Je comprends la réactions des personnes agées grecques autour de l’élection de Tsipras. C’est dans deux ans qu’ils pourront ou pas lui donner raison. Beau carnet de voyage.

  3. Kaliméra Dieretou,
    Juste un détail pour accro d’aéro, c’est le vol qui est AF 1532 ou le type d’Airbus dont je vois l’aile sur une de tes photos ? Merci pour ce beau « voyage » en Grèce. Je crois qu’ après cela, je me rendrais plus dans ce pays si chargé de grands faits historiques. 😉

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *