Quand le gouvernement guinéen débarque sur Twitter!

Bienvenue sur Twitter. Crédit Photo : Phillipe Martin ( CC flickr.com)

Bienvenue sur Twitter. Crédit Photo : Phillipe Martin ( CC flickr.com)

Ces derniers temps, on remarque un vrai engouement des États Africains à se mettre au diapason des nouvelles techniques de communication (Ouf ils ont enfin compris où la fête se déroulait). Ce qui bien entendu n’est pas pour nous déplaire, nous jeunes citoyens (adeptes ou non des nouveaux médias) disséminés à travers le monde. Pour un guinéen, camerounais, sénégalais, etc. c’est sans aucun doute une bénédiction de pouvoir interpeller son ministre de la jeunesse au même titre qu’un français le ferait avec Fleur Pellerin (ministre française de la culture) ou Emmanuel Macron (ministre français de l’économie). Tout réside dans ce pouvoir, celui de demander des comptes à ses élus, d’exprimer son mécontentement, de féliciter de nouveaux projets, etc. Tout ceci grâce à la magie d’internet.

Quant au poids des réseaux sociaux aujourd’hui dans la communication gouvernants-gouvernés, il s’agit d’une certitude. C’est même un MUST, dans la mesure où les citoyens africains sont composés en majorité de jeunes de moins de 30 ans. La population africaine de nos jours est assez jeune, représentant à elle seule un véritable et redoutable potentiel humain. Cette réalité s’observe aussi en Guinée, où les générations X et Y écrasent toutes les autres de par leur nombre. Vu sous cet angle, il est donc primordial pour les États d’aller à la conquête de ces nouveaux canaux de communication que les jeunes utilisent. Il faut s’adapter, parler leur langage, s’en approcher autant que possible. Il s’agit avant tout des futurs électeurs (dont le système a besoin pour assurer sa pérennité) qu’il faut chérir et caresser dans le sens du poil. Le gouvernement Guinéen l’a assez compris puisqu’en plus de la page Facebook officielle, il vient de créer un compte Twitter qu’il alimente de façon journalière. Dans la foulée, la Présidence et certains ministres issus de ce même gouvernement ont suivi la tendance. C’est ainsi que je fus agréablement surprise de voir Mr. Moustapha Naïté (Ministre de l’emploi des jeunes) présent sur la célèbre plate-forme de micro-blogging. J’ai aussi constaté qu’il répondait aux followers qui le tweetaient de temps à autre. On voulait de la proximité avec nos dirigeants? On est servi et c’est ma foi tant mieux.

 

Mais au vu du nombre de followers dont dispose ces comptes, j’en viens à penser que les jeunes guinéens ne sont soit pas au courant de cette opportunité : on leur donne la parole ce qui est rare dans nos contrées africaines; soit la présence de ces comptes n’a pas été largement relayée. Dans l’un ou dans l’autre des cas il faut absolument y remédier. Une solution parmi d’autres pourrait venir de l’utilisation de spots publicitaires. Puisque la radio, la télévision et même Internet sont accessibles par les ménages guinéens, on pourrait à la fin de chaque publicité y apposer les comptes Twitter des ministères concernés. Je m’explique :

  • -S’il s’agit d’une publicité pour un concert ou un événement culturel sponsorisé par le ministère de la culture guinéenne, on y appose à la fin du clip publicitaire les comptes officiels du ministère de la culture.
  • -S’il s’agit d’une publicité faisant état d’offres d’emploi, de formations, etc. On pourrait y adjoindre les comptes officiels des ministères de l’emploi ou de l’éducation et ainsi de suite.

 Cela contribuerait à informer les citoyens, (notamment les  jeunes souvent largués, abandonnés à eux mêmes) qu’ils possèdent  un espace où ils peuvent venir débattre, exprimer leurs avis, demander des justifications sur la gestion de leur pays. On disposerait ainsi d’une twittosphère (et pourquoi pas d’une blogosphère sur le long terme) guinéenne conséquente où nos voix auraient plus tendance à porter et à être écoutées au sommet de la hiérarchie étatique.

Faut-il encore rappeler le parfait exemple du Burkina Faso où les burkinabés se sont majestueusement et avec une belle prestance, rangés derrière le hashtag (mot-dièse) #Lwili pour organiser, live-tweeter, coordonner les opérations et rassemblements sur le terrain qui ont accompagné la chute du président Compaoré ? Le spectacle était digne d’un balai virtuel où chacun maîtrisait au centimètre près ses pas de danse. Le hashtag est d’ailleurs resté, il est maintenant utilisé par la twittosphère burkinabé pour parler de tout ce qui a trait à leur cher pays. Mais ce ne sont pas les seuls, au Sénégal par exemple le hashtag national c’est #Kebetu, au Togo c’est #Gnadoè et nous en Guinée ça sera quoi ? Car il faut bel et bien en trouver un, pour que tous les guinéens soient fédérés autour.

 

Cependant si la création d’un compte Twitter du gouvernement Guinéen est à féliciter, il existe encore quelques petits agencements que le Community Manager (CM) chargé du profil Twitter se doit de réaliser. Pour avoir effectuer un stage de quelques mois sur le thème, à la suite duquel j’ai fourni un rapport sur l’importance des réseaux sociaux, la façon de les utiliser pour booster les relations marque/institution-clients (dans ce contexte ci, on supposera que les followers sont les clients), je peux sans prétention aucune fournir quelques rapides conseils pour aider à la gestion de ce compte dans l’hypothèse où son CM passerait par là :

  1. Tout d’abord, j’ai remarqué que les tweets du compte @GouvGn sont la plupart du temps des publications Facebook qui ont ensuite été partagées sur Twitter. C’est un faux pas (on parlerait de fashion-faux-pas s’il s’agissait de mode). Il n’est pas interdit de le faire mais Facebook et Twitter représentent deux plateformes complètement DIFFÉRENTES non seulement dans leur conception mais aussi dans leur vocation. C’est donc une erreur de créer un même contenu pour les deux réseaux sociaux. Twitter est un site qui mise sur l’instantané, l’immédiat, le précis, le ciblé : d’où les 140 caractères et le fil d’actualité (Time-Line) rafraîchi chaque minute avec de nouvelles actualités. Le follower s’attend à ce qu’on lui livre l’information tout de suite pour qu’il puisse passer à un autre tweet sans tarder. Alors que Facebook est dans une optique plus large, une diffusion dans le temps plus étalée (dans notre fil d’actualité Facebook on peut retrouver des publications diffusées la veille ou  il y a deux jours, ce qui est quasiment impossible sur Twitter à moins de ne suivre que 2 personnes). Pour un même sujet donc, il est en général conseillé de fournir deux contenus différents pour les deux plateformes : un court, précis pour Twitter et un autre où on peut s’épancher en explications pour Facebook. Le follower sur Twitter et votre « ami/Likeur » de Facebook n’ont pas les mêmes attentes sur la façon de recevoir l’information. Il est crucial de le comprendre. D’autant plus que rien ne garantit que votre follower cliquera sur le lien que vous lui proposez pour lire la suite de vos propos sur Facebook. Il peut estimer le parcours à faire trop long et c’est donc à vous de lui rendre la tâche facile. C’est mieux de réserver ce genre de tweets pour les informations importantes, les déclarations, les discours auxquels on ne peut toucher sous peine d’en modifier l’essence.
  2. En second lieu, sur la plateforme Twitter il est recommandé de fournir une information imagée autant que possible. Un contenu avec photos en guise d’illustration (et tout récemment on a la possibilité de joindre une vidéo à notre tweet)  générerait plus de clics.
  3. Il faudrait envisager d’authentifier les comptes.
  4. En dernier lieu, il est important de garder une certaine cordialité dans les échanges avec les followers (si vous décidez d’interagir avec votre communauté), ne pas s’emporter pour rien et se livrer à une razzia de blocages. Quand on est CM (surtout celui d’un compte aussi important que celui d’un gouvernement) il faut avoir le dos large, accepter les critiques.

Si vous autres lecteurs avez d’autres conseils, vous pouvez les laisser en commentaire, je me ferai un plaisir de les publier.

Pour finir rappelons que les réseaux sociaux représentent les nouvelles forces, mieux les nouvelles armes. Il incombe à chacune des parties (gouvernements, e-citoyens) de les utiliser à bon escient pour parvenir à l’objectif fixé : une communication fluide et franche (même si pour la franchise des politiques, on peut toujours courir) 😉

3 Commentaires

  1. Que c’est beau de lire un billet bien écrit et qui en plus nous enrichit. Effectivement, c’est une chance pour les administrés, jeunes ou pas, que de pouvoir s’adresser directement au pouvoir pour dire ce que l’on pense et pour contribuer à améliorer la gouvernance.

    Cependant, ce que j’ai constaté avec les comptes des institutions et des personnalités politiques, c’est que souvent, après l’ouverture, il y a peu de publications et on ne se soucie point des contenus. Par exemple, un compte FB de la journal télévisé de la RTG (https://www.facebook.com/pages/Redaction-du-journal-Télévisé-RTG-Koloma/1515705445349753?fref=ts) qui bat tous les records négatifs de contenus et d’adhésion. Je suis le 3ème utilisateur à cliquer sur « aime ». Les autres pages, les plus fréquentées, de la RTG attirent moins d’intérêt que celles de personnes physiques. Le gouvernement, lui-même avait ouvert sa page en 2010, mais ce n’est qu’en 2014, qu’il a repris à publier des infos.

    En outre, espérons que la découverte des médias sociaux de la part des nos gouvernants n’aboutira pas à la longue aux dérives qu’on a pu constater ailleurs: blocage de sites, emprisonnement ou harcèlement d’utilisateurs, etc. Il y a aussi le risque que les internautes guinéens eux-mêmes abusent des contenus, en publiant des propos mal intentionnés.

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