Florian, nous ne t’oublierons pas

Florian Kaptue, DR

Le 17 avril dernier, la plateforme Mondoblog perdait un de ses contributeurs, un de ses vaillants soldats du blogging dans un accident de la circulation au Cameroun. Ce frère et ami parti sans que nous puissions lui dire à quel point nous tenions à lui, à quel point il représentait un maillon important de la chaîne Mondoblog, c’est Florian Kaptue, 42 ans. Les blogueurs ont alors, en sa mémoire, rédigé ces quelques lignes. 


Françoise Flageul-Ramel

Florian Kaptue et moi, nous aurions pu nous croiser sans nous parler, sans nous voir, comme toutes ces vies qui vont et viennent, comme des lettres qui voyagent, et puis un jour le courrier s’entasse à la porte car plus personne n’habite à l’adresse indiquée.

C’était sans compter la flamme de Florian et son désir d’aller au bout d’une amitié, de rendre hommage à une française qui lui a tout appris, Sœur Marie Roumy, ne serait-ce que dans sa façon de donner, d’écouter, d’accompagner, parce qu’elle l’a mis lui, Florian, sur le chemin pour à son tour s’intéresser et aider les enfants des rues, en tant qu’éducateur.

Lors de la formation Mondoblog à Dakar, Florian m’accoste parce que je suis bretonne. A ses yeux, je peux l’aider à concrétiser certains de ses projets, dont l’écriture d’un livre dédié à cette religieuse qui lui a peut-être parlé un jour de lointains souvenirs d’enfance en Bretagne. Comment savoir ?

Il me remet un dossier papier sur la dernière célébration de l’anniversaire de la mort de Bombo, comme on l’appelle là-bas, une femme dont j’ignore tout, mais qui est devenue un emblème quelque part sur cette terre, parce qu’elle a voulu que le sens de son engagement soit lié au sort de toute une communauté, au sort des plus fragiles, des plus miséreux.

En pensant à ces mômes à l’abandon, pourquoi ne parle-t’on pas plutôt de graines d’espoir, ces graines d’amour qui poussent dans les rues comme des fleurs sauvages, au gré du caprice des vents, de sols meubles ou d’une faille infime dans le rocher ? Est-ce si contre nature de regarder ces enfants, à l’image des foules de réfugiés que les Etats marchandent au plus offrant, comme un possible espoir incarné ? Celui de vérifier combien une simple main tendue peut décider du cours de nos vies et pas seulement de leur survie.

A Dakar, je ne m’engage pas, je temporise, mais le jour où Florian me recontacte à distance, je suis heureuse d’avoir le dossier sous la main dans la minute, comme si la seule idée de décevoir son attente était une offense que je me serais faite à moi-même.

S’ensuivent des échanges facebook, simples, chaleureux, où je sens combien je peux apprendre de cette expérience qui m’est si lointaine, et dans ma propre histoire, et dans mon quotidien. Florian compte sur moi pour retrouver des éléments de la vie de Sœur Marie Roumy avant l’Afrique et pour l’accueillir quand il viendrait en Bretagne remonter le fil de l’histoire. Il dit merci. Je réponds : de rien, j’espère juste ne pas décevoir ton espoir.

Et la déception vient d’ailleurs, de ce fil rompu quand il n’était encore que l’ébauche du projet à venir, d’une amitié qui ne fait pas défaut même quand l’autre est parti. Ce qu’elle laisse, cette amitié, est tellement fort, tellement porteur de sens. Comment penser l’absence comme une autre présence ?

Ce livre sur Sœur Marie Roumy que Florian Kaptue n’écrira pas existera parce qu’il l’a voulu et parce qu’il ne travaillait pas seul. C’est d’ailleurs cet esprit d’équipe solidaire qui fait qu’une ma boîte de messagerie m’annonce un jour, par la voie du président de l’association, ancien enfant des rues accompagné par Bombo et Florian, la mort accidentelle de celui qui avait commencé à tisser le lien, à Dakar, pendant une formation Mondoblog, pendant que je pouvais ouvrir les yeux sur cette Afrique dont je sais si peu de chose.

Florian m’aurait guidé, Florian m’aurait appris, et c’est comme si la main tendue un jour par une française quelque part sur cet autre continent revenait vers moi pour que j’ouvre mon cœur, mes yeux, mon univers, une main pour m’aider à ne plus avoir peur, moi l’enfant déçue, moi l’ange déchu d’une époque en mal d’utopies humanistes.


Guy Muyembe

Pour moi, Floriant Kaptué était un miroir dans lequel je me reconnaissais. En effet il était un type plutôt introverti. Il aimait à méditer sur tout.

Je puis dire que 70% de ses traits de caractères se retrouvaient chez moi. Et c’est sans doute la raison majeure de la bonne entente entre lui et moi alors qu’on était conduit à partager la même chambre lors de la mondoformation à Dakar.

Il me venait souvent à l’idée d’aller tenter de cerner le sujet de ses pensées par une question  : « Tes enfants ont sans doute pleuré en te voyant quitter Douala, n’est-ce pas ?» Et il me répondait de sa voix hésitante combien il aimerait aller vite retrouver les siens.

S’il y a un un caractère qui le distinguait carrement de moi c’est la «douceur».

À Dieu Florian.


Yves Tchakounté

« Tchakou, on se voit quand ? »
Kaptué, je me rappelle très tristement de ces mots affectueux que tu me lançais comme des intrigues après notre retour de Dakar. Camerounais et vivant à Douala comme moi, le destin a voulu que ce soit à Dakar que nous fassions connaissance. De retour à Douala, tu n’as cessé de me titiller par ces mots qui résonnent encore : « Tchakou, on se voit quand ? ». Ton départ vers l’au-delà est comme une punition pour cette sociabilité non assumée en répondant : « Tu es pressé ? ». Cette réponse me torture encore. Je ne croyais pas si mal faire. Quelle fin ! Seigneur, ait pitié de moi.

Didier Ndengue

Pour Florian

Où es-tu mon grand ? Ton téléphone ne sonne plus, aucun signal. Qu’est ce qui ne va pas ? Es-tu retourné à Dakar, à l’espace Thialy ? Parce que je constate que tu n’es plus dans la circulation. Toi qui me réveillais souvent les lundis matin avec tes multiples appels téléphoniques. « Bonjour Didier ! M’as-tu laissé le journal à Macacos ? » C’est la principale question que tu me posais. « Oui Florian, il y a ton paquet de journaux à la guérite. » Après une dizaine de jours au Sénégal, notre amitié s’est consolidée au bercail. Avant ton départ pour l’éternité, je voulais t’annoncer une bonne nouvelle : J’ai eu un prix littéraire en France en avril. J’imagine ta joie. Et même ta réplique : « Bravo mon frère…on fête ça quand ? »


Roger Comlanvi Mawulolo Las

Tu as participé à tes propres obsèques en rêve,
C’est ce que tu nous as dit dans ton billet du 20 septembre 2014.
Voici ton rêve réalisé. En es-tu heureux?
Ne pouvant le savoir, nous nous te pleurons
Nous sommes choqués et sommes tristes
Que de là-bas tu continues d’écrire, de bloguer
Que là-bas tu continues d’être toujours aussi calme et discret
Que la terre te soit légère et
Que Dieu t’accueille dans son paradis...


Benjamin Yobouet

Tu dragues une fille cette semaine, la semaine d’après, on te dit qu’elle ne vit plus. Tu échanges avec une connaissance matin, le soir on t’annonce qu’elle est partie pour toujours. Tu rigoles avec un ami le soir, le lendemain, on t’apprends qu’il a rendu l’âme.

C’est quoi tout ça? La vie a-t-elle un sens?  Aidez-moi à trouver une réponse car je suis bouleversé, attristé, confus… Ce n’était certes pas mon ami mais c’était un blogueur comme moi donc un ami tout de même.

Il aura fallu plus de 2 semaines pour apprendre ton départ définitif dans ce pays où on ne revient jamais. Non ! Florian n’est pas mort. Non et non, il est juste parti là-bas, oui là-bas…Il nous a devancé. Florian, que la terre te soit légère ! Tes amis mondoblogueurs te pleurent…


Atman Bouba

70 au départ, 69 à l’arrivée : un manque désormais à l’appel

Au départ, je veux dire à la formation de Dakar, nous étions 70 blogueurs réunis. Désormais, nous ne sommes plus que 69 pour la simple raison que Florian Kaptue s’en est allé. Florian, a rendu l’âme en avril et aussi bizarre que cela puisse paraître, l’information ne nous ait parvenue que trois semaines plus tard. Ce qui fait froid dans le dos, c’est de découvrir qu’en septembre 2015, il publiait un article sur un rêve qu’il a eu. Rêve dans lequel il était mort suite à un accident de la circulation. Son billet « Comment j’ai pu assister à mes obsèques » est assez troublant. C’est vrai, on avait échangé que quelques mots mais j’avais son visage en mémoire. 70 blogueurs au départ à Dakar, nous ne sommes plus que 69 à présent. Désormais, un seul manquera à l’appel, et c’est Florian.


Moussa Magassa

Quand j’ai appris le décès, je n’arrivais pas à ajouter un visage à ce nom car nous étions nombreux à Dakar. « Florian Kaptue, ce nom me dis quelque chose » me suis-je dis dans un premier temps. Lorsque Guy Muyembe publiait enfin sa photo, je suis resté à la fois consterné et sans mot. Il était calme, assez réservé mais toujours prêt pour le débat. c’est normal car c’était un Mondoblogueur. En ce jour où, à travers les mots tes amis de Dakar te rendent hommage, je veux juste t’exprimer mon regret de ne plus pouvoir te revoir sur cette terre. J’espère juste ne pas être confronté à de pareille situation pour exprimer mon attachement à toutes ces personnes que j’ai rencontré à Dakar et qui font désormais partie de ma vie. Repose en paix frangin!


Dieretou Diallo 

Bonjour Florian Kaptue. Bonjour puisque c’est bien la première fois que nous nous parlons. Oui, car je considère que ces mots que je couche ici sont un échange avec toi. Un échange tardif certes, mais un échange tout de même. En effet, j’aurais pu mieux te connaître à Dakar, venir te parler et peut-être te voler un sourire. Mais j’étais tellement préoccupée par des histoires de paperasse, des problèmes qui semblent si dérisoires désormais, maintenant que tu es parti et que c’est trop tard. Je t’ai aperçu deux ou trois fois en tout, dans les couloirs de l’AUF. Visage éteint, calme, petit sourire en coin… mais tu dégageais une certaine tranquilité, une force latente…

Ton accident m’a bouleversée, le billet prémonitoire que tu as rédigé m’a dévastée et que nous le sachions seulement  3 semaines plus tard m’a consternée.

Tu es parti à la fleur de l’âge adulte, et de ce que j’entends, tu avais plein d’étoiles dans les yeux. Comme c’est injuste, mais nous ne t’oublierons pas. Tu laisses une marque indélébile dans nos cœurs et tu sais ce qu’on dit, « il n’y a que les meilleurs qui s’en vont tôt ». Je veux bien croire que tu fais partie de ceux-là.

Face à l’éphémérité de la vie, je ne peux que te souhaiter de reposer en paix, cher ami, mon frère.


Jeff Aston Ikapi

florian Kaptue, caric, DR

Ce dessin illustre l’un des souvenirs que j’ai pu garder du très discret Florian Kaptue, à l’issue de la formation Mondoblog que nous avions suivie à Dakar. Le mondoblogueur s’en est allé à la fleur de l’âge suite à un accident de la circulation. Le plus troublant est que deux ans auparavant, dans le troisième article publié sur son blog, Florian disait avoir fait un rêve dans lequel il se voyait mourir dans les mêmes circonstances. La croyance chrétienne dit qu’après avoir fait un rêve prémonitoire, il suffit de faire des prières pour conjurer le sort. Si Florian l’avait fait, serait-il des nôtres aujourd’hui ? Je l’ignore. Mais ce qui est sûr c’est qu’au final nous avons tous le même destin et personne ne peut y échapper. A Dieu Florian.


Eric Léon

A l’annonce du décès de Florian Kaptue, notre frère de plume et de clavier àmondoblog, j’étais évidemment incrédule. Non, Florian ne peut pas mourir, pas lui, pas dans un accident de la circulation ! Pas après avoir passé cette formidable semaine avec les mondoblogueurs à Dakar !

Là, il faut que je m’ouvre une bière pour accuser le coup. Je commence à réaliser. La vie tient à tellement peu de choses. Le dernier contact que l’avais eu avec lui était une conversation messenger brève du genre « bonjour Eric, bonjour Florian, alors depuis le Sénégal, tu te portes bien ? (…) » je voulais répondre plus tard. Flemme. Procrastination. Tout moi ça. Et puis voilà, je n’ai plus personne à qui répondre. On croit qu’on aura le temps, mais la mort est là pour nous rappeler que non, on a pas tout notre temps. Je devrais me rappeler de ça tous les jours d’ailleurs.

Et puis, je me rappelle de Florian. Quels souvenirs est-ce que j’ai de lui ? Son regard fixe. Son cahier A4 avec couverture en carton dont il ne se séparait jamais. Sa posture avec un bras dans le dos qui tenait l’autre au niveau du coude. J’avais eu quelques conversations avec lui, mais elles avaient toujours été étranges.

Florian, mon humour et ce post, c’est ma manière de te rendre hommage. Je sais que tu aurais apprécié. A ta manière cependant

Tu sais que je ne crois pas en Dieu, ni au paradis et encore moins à l’enfer. Je crois en la bonté de l’Humain. Tu étais quelqu’un de bon, je le sais. Je ne sais pas sur quelle planète tu te reposes actuellement après ta courte mission sur terre, mais je te souhaite d’y rencontrer toute la paix de notre magnifique univers.

Au revoir Florian.


 

Honyiglo Aris

Florian Kaptue, je ne te connaissais pas, jusqu’à ce que tu commentes un de mes billets. Alors, comme je le faisais souvent, je suis allé voir qui tu étais. Du moins, ce qu’il écrivait, ce que tu disais, le message que tu voulais faire passer. J’ai vite compris, j’ai vite « senti » que tu es, tu étais une personne très humble, calme, peu loquace mais qui cachait une très grande personnalité. La rencontre physique n’a fait que confirmer ce que j’ai pensé de toi à des milliers de kilomètres.

Sauf que tu n’étais pas Congolais comme je l’avais cru mais bien Camerounais ! Sauf que tu n’étais pas bavard mais très affable. Sauf que tu parlais peu mais maîtrisais beaucoup de sujets. Comme tu l’as confirmé dans cette brève discussion que nous avions eu, ce jour-là, à 3 heures du matin.

Adieu Florian !


Ecclésiaste Deudjui

Florian Kaptue est donc mort ! J’ai appris ça comme un coup d’épée dans le ventre, à 1h40 du matin quand je suis rentré chez moi dimanche soir. Je me suis connecté sur notre réseau qui n’est pas si « réseauté » que ça en fait, puisqu’il a fallu plus de trois semaines pour qu’on se rende compte que Florian, l’autre Florian, le Florian invisible, avait finalement décidé de nous abandonner sans même prendre la peine de nous dire au revoir !

Bref, qui était Florian Kaptue ? Je sais que beaucoup de blogueurs ne le côtoyaient pas, ou l’inverse. Je pense qu’il faut qu’on dise à ceux qui n’étaient pas à Dakar que c’était un gars effacé, inaudible, invisible (je sais, je l’ai déjà dit). Et même que quand Melissa nous avait annoncé que « Voilà votre chambre ! », nous avons tous été unanimes pour dire que c’était à Florian Kaptue de conserver les clés de notre cabane.

Alors les mots me manquent, et pourtant ce sont eux qui m’unissent souvent à vous. Mais si jamais quelqu’un me demande qui était réellement Florian Kaptue, si on me demande s’il était bon ou bien s’il était gentil, si on veut savoir si c’était un méchant homme ou alors si c’était un très bon Camerounais, je donnerai toujours la même et unique réponse : Florian Kaptue était un mondoblogueur.

2 Commentaires

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *