En Afrique, le système de castes persiste et signe!

Tashrih al-aqvam, an account of origins and occupations of some of the sects, castes and tribes of India. - caption: 'A snake-charmer of the Sapera caste.'

Tashrih al-aqvam, an account of origins and occupations of some of the sects, castes and tribes of India. – caption: ‘A snake-charmer of the Sapera caste.’

Nous le pensions révolu et pourtant il demeure plus que jamais ancré dans le profond subconscient des anciens. Les vieilles habitudes ont la peau dure. Cependant on est loin de le percevoir à l’œil nu, pour pouvoir toucher du doigt ce phénomène de société il faut aller à la rencontre des séniors, les fréquenter et côtoyer leurs idées. Ou pour aller plus vite, mariez-vous tiens! La première chose que l’on vous demandera après que vous ayez présenté votre bien-aimé(e) sera son nom de famille, son village d’origine, en un mot sa lignée. Cela vous semble anodin et parfaitement normal? Après tout, il est important d’avoir des informations sur ce nouveau venu et plus il y a de questions plus cela flatte votre égo! Ceci dit méfiez-vous, ce flux de questions provenant de vos parents est loin d’être totalement désintéressé. Le célèbre adage ne dit-il pas « Marie-toi à ta porte et à des gens de ta sorte »?

Néanmoins il ne faut pas confondre les populations ethniques qui exigent les mariages entre familles (oui il y’en a) à ceux qui souhaitent « seulement » que vous épousiez quelqu’un de votre rang. Même si les deux pratiques se ressemblent en soi il s’agit de deux choses bien distinctes. Voyez-vous dans une époque antérieure à celle-ci (pré-coloniale) les sociétés africaines étaient traditionnellement hiérarchisées. De la même façon que chez les peuples occidentaux (plus précisément gaulois et latins) il y avait le tiers-Etat (le bas peuple) les nobles et le clergé, en Afrique il y avait une catégorisation de la population qui offrait à chaque individu une place bien précise. D’ailleurs cette catégorisation était aussi déterminante de vos fonctions dans la société. Je ne suis pas un virtuose des organisations sociales d’antan (et ma grand-mère qui elle, excelle dans le domaine n’est pas à ma disposition pour m’aider à faire un listing complet) mais je puis aisément vous citer quelques castes : les forgerons, les griots, les chasseurs, les nobles, les cordonniers, les bergers, etc.

Même si aujourd’hui ce phénomène a moins d’ampleur et ne se voit plus autant, il existe bel et bien toujours. Il résiste au temps et à tous les bouleversements d’ordre économique et social. J’ai eu l’occasion de m’en rendre compte lorsque j’ai rencontré Djénnè, une jeune fille malinké qui m’a raconté son histoire. Cette dernière m’a expliqué la situation inextricable dans laquelle elle était. Amoureuse d’un jeune homme depuis ses treize ans et avec qui elle entretient une relation certes à distance mais suivie, elle se trouve maintenant en âge de se marier et ne souhaite le faire qu’avec lui. Djénnè vit à Bordeaux et lui à Dakar. C’est à coup d’appels Skype* et Viber* que les deux tourtereaux entretiennent avidement leur relation.

_Lorsqu’on vivait à Conakry tous ensemble, c’était beaucoup plus simple même si on se voyait en cachette. Avance-t-elle.

Les difficultés ne se sont pas faites attendre lorsque leur relation a éclaté au grand jour. Et pour cause les parents de Djénnè se sont fermement opposés à leur union car selon eux, le jeune homme serait d’une lointaine caste inférieure à la leur. La jeune fille s’entête et à l’heure où je mettais son histoire sous presse les négociations sont toujours au point mort. Les tractations s’annoncent tendues.

Oui au XXIème siécle, des jeunes filles et garçons scolarisés aux parents pourtant hauts cadres et intellectuels sont encore confrontés à ce genre de péripéties. La castérisation de la société s’observe très largemment en Inde également, occasionnant de nombreuses manifestations colériques d´une population qui se sent déphasée avec elle-même et souhaitant un changement radical de celle-ci.

D’aucuns conseilleraient à Djénnè d’envoyer sa famille au diable et d’épouser ce jeune homme. Ils auraient peut-être raison, il s’agit de leur vie et de leur décision après tout. Mais en Afrique les mariages sont intimement associés à la communauté et il est de mauvaise augure de convoler en noces sans la bénédiction de sa famille.

Des histoires comme ça, j’en ai vu des tas. C’est dire à quel point on y tient, à cette catégorisation. D’autres africains sont tout de même plus nuancés. Même s’ils désapprouvent l’union de leur progéniture, de là à s’opposer à celle-ci il y a un pas qu’ils ne franchiront pas. Certains sont plus portés sur la banalisation des castes que d’autres c’est comme ça. Il faut tomber sur la « bonne » famille, celle qui comprend qu’on ne choisit pas qui on aime.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le système de castes bien que souvent à l’origine d’inégalités flagrantes a de beaux jours devant lui.

 

*Viber, Skype: logiciels et applications d’appels téléphoniques gratuits.

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