Dieretou

50 nuances de Grey : Arrêtez le massacre!

50 Shades of Grey en librairie. Crédit Photo : Mike Mozart
50 Shades of Grey en librairie. Crédit Photo : Mike Mozart

Depuis que je suis sortie du cinéma hier, une question me taraude l’esprit :

-J’écris dessus ? Je n’écris pas dessus ?

Le déclic s’est opéré à 4h40, m’obligeant à sortir de mon lit douillet et chaud avec qu’une idée en tête : il faut que j’écrive car oh oui, il faut arrêter le massacre de 50 nuances de Grey (En anglais et titre original : 50 (fifty) Shades of Grey). Je veux bien vous donner mon avis pour ce que ça vaut. Vous êtes partant ? Alors on y va !

Avant de franchir le pas, j’ai lu une panoplie d’articles sur le nouveau film-phénomène à la mode. Et c’est bien la première fois que je commence par voir le film avant d’avoir lu le bouquin et verdict ? (roulement de tambouuur)…je l’ai trouvé assez…(Ding-Deng-Dong)…bien. Oui, oui malgré la tonne d’articles qui en font une critique sévère et négative. Ce n’est pas le film de l’année mais de là à le descendre de la sorte, on pourrait même parler de #50ShadesOfGreyBashing, il y a un pas que je ne ferai pas. C’est comme si les blogueurs cinéphiles, les journalistes s’étaient donné le mot pour se livrer à ce jeu un peu vilain de « cassage ».

On lui reproche entre autres sa longueur, le temps écoulé avant le premier baiser puis avant le premier passage coquin, etc. Pour ma part? je n’y ai vu que du feu. Ok, le film dure deux heures cinq minutes mais bon, c’est le minimum pour tenter de restituer un tant soit peu le caractère trépidant du livre qui lui, fait tout de même 560 pages. 560 pages amis lecteurs ne se traduisent pas à l’écran, vous en conviendrez en 60 minutes! C’est une utopie, à moins d’en occulter d’essentielles parties. Je l’ai trouvé agréable à regarder, avec quelques scènes répétitives certes mais je n’ai pas vu le temps passer.

« On a attendu cent ans avant le premier baiser ». Et alors j’ai envie de vous dire? Quelle est cette manie en venant au cinéma (pour passer du bon temps en passant) de vouloir TOUT tout de suite? Personnellement, j’ai adoré qu’on me fasse languir. Le film a commencé intensément, puis s’est peu à peu calmé sans pour autant tomber dans la désuétude. Avez-vous perdu votre romantisme ? (en supposant qu’il y en ait eu). J’ai trouvé très bénéfique le temps passé à nous faire imaginer, trépigner d’impatience, la scène où les deux protagonistes : Christian Grey et Anastasia Steele joignent enfin leurs lèvres! Et mon Dieu quel baiser ! Tumulteux, c’est l’adjectif qui conviendrait le mieux! Scène qui se déroule finalement dans l’ascenseur et dont je suis ressortie toute émoustillée. 😉

Puis est venu le moment où j’ai entendu et lu des phrases comme :

_C’est un film de cul oui ou non à la fin ? Ils vont se sauter dessus ou va-t-elle jouer les petites vierges effarouchées encore longtemps ?

Ma foi, si vous ne vouliez que « ça », qu’ils se sautent dessus sans préambule, vous auriez dû rester chez vous en vous contentant d’un porno. Non mais …!

Et non ce n’est pas un film de cul (pornographie), c’est un film é-ro-ti-que! Nuance! (sans jeu de mot 😉 ). L’érotisme c’est tout de même plus classe et plus glamour, c’est la face non vulgaire du sexe. Alors souffrez je vous prie qu’on y aille doucement, pas à pas. Pour finir et je ne vous apprends rien, le personnage d’ Anastasia Steele incarné par Dakota Jonhson est VRAIMENT une jolie pucelle de 22 ans au début du film alors jusque là tout est logique.

Comme pour « Le Crocodile du Botswanga » j’ai dû batailler dur pour traîner mon ami au cinéma qui trouvait ce film très girly-girly (fifille). Il n’avait pas tord, la salle était bondée d’adolescentes surexcitées. Il faut dire que c’est le genre de films à voir assurément avec sa bande de copines pour les passages croustillants. Moi j’ai dû me contenter d’un monsieur qui râlait à chaque fois que Christian Grey étalait son éminente richesse :

_Pff, on sait très bien que dans la vraie vie ce n’est pas comme ça…

Oui oui d’accord, mais peux-tu te taire et me laisser rêver à m’imaginer dans les bras d’un richissime ET jeune (non négligeable du tout) homme d’affaire qui m’offrirait une voiture pour ma remise de diplôme? 🙂 Ce qui m’emmène à d’ailleurs me demander si les hommes en visionnant ce film se sont sentis frustrés par la fulgurante réussite de Christian Grey à 27 ans. Quoi qu’il en soit mon ami était lui très content de trouver en Grey une face cachée pas très glorieuse.

_Aha! Tu as vu que tout ce qui brille n’est pas or, m’a t-il lancé avec un air de vainqueur.

En ce qui me concerne, les acteurs épousent très bien leurs personnages (contrairement à ce qu’on lit en ce moment). Tout le long de l’oeuvre et sur fond sonore de Queen Beyoncé chantant Crazy in love en version ralentie, Anastasia m’a fait chavirer avec ses mimiques touchantes, l’humour de ses réparties, ses joues rosies lorsqu’elle pleure, sa folle sensualité, etc. Christian Grey parcontre, je l’imaginais un peu différemment mais il s’est rattrapé avec un jeu presque zéro faute dans les minutes qui ont suivi. L’acteur James Dornan joue le mystérieux et richissime entrepreneur, écorché vif par quelque chose que l’on ne sait pas encore et qui a une relation atypique avec la gent féminine. Mais c’est à tout point de vue, une histoire de prince et de princesse qui est censée nous emmener loin dans les méandres du sadisme et du masochisme !


Cependant une chose que je reproche à la réalisation, c’est d’avoir tenté par tous les moyens de « lisser » les parties trash du film, pour qu’il soit visible du maximum de personnes issues de toutes les tranches d’âge. Ce qui est assez dommage car « la férocité » observée dans le livre (et qui a fait son succès) n’a pas été fidèlement retranscrite au grand dam des téléspectateurs qui attendaient (s’étaient préparés même) à juste titre.

Les scènes « sexuelles » duraient à peu près deux à trois minutes et il a dû en avoir trois au total sur 125 minutes de projection.(Exactement comme un film normal et non pas comme un à caractère érotique). La limite d’âge a été baissée à moins de douze ans (-12), ce qui fait que des gamines de treize ans parlaient d’aller le voir comme d’une production Disney. Il s’agit tout de même de sexualité, de SM, de scènes assez crues (pour leur âge) qui méritaient un minimum de seize ans (-16) à mon humble avis. Mais on comprend bien qu’il faille rentabiliser le film en le rendant le plus accessible possible après le gros marketing onéreux dont il a fait l’objet. (Notamment la publicité lors de la mi-temps du Super-bowl). Par ailleurs la fin, non seulement nous surprend mais nous laisse grandement sur notre faim ! C’était le but en même temps. Alors Ana reviendra-t-elle vers son « bourreau » aux magnifiques pectoraux ? Saurons-nous enfin pourquoi ce dominant ne veut point être touché par sa soumise ? Réponse dans le prochain épisode (ou pas).

Pour finir, s’il fallait noter ce film je lui aurais donné la note de 6 sur 10 ou de 2,7 sur 5. Un peu plus au dessus de la moyenne mais en aucun cas au dessous. Un conseil néanmoins, regardez-le en version originale sous-titrée, c’est tellement mieux que les adaptations françaises où l’on voit bien qu’il y a un truc qui ne colle pas avec le langage.

Le film m’a donné envie d’acheter le bouquin. Et pour qui sait qu’il est nettement difficile de faire correspondre un roman à une réalité cinématographique, (on en a la preuve avec la saga Harry Potter, Twilight, Game of thrones où jamais on n’est parvenu à obtenir le même goût en regardant les films et séries qu’en lisant les bouquins) sait également qu’il faut aborder cette oeuvre avec beaucoup d’indulgence et de distance.

Après tout l’art n’est-il pas question de subjectivité à part entière ?


Kalimera ! Le 1er ministre Alexis Tsipras vu par les Grecs

Le premier ministre Grec, Alexis Tsipras (Crédit Photo : DIE LINKE. in Europa)
Le premier ministre Grec, Alexis Tsipras (Crédit Photo :
DIE LINKE. in Europa)

Il y a une semaine, j’ai eu la possibilité de m’échapper de mon train-train quotidien. Destination ? La Grèce ! J’étais ravie de pouvoir me « déconnecter physiquement » de la France et de larguer les amarres, ne serait-ce que pour un bref moment. Le moment fut bref, mais tellement grisant ! Que dis-je, un envoûtement. Ah la Grèce terre ruinée mais terre d’enchantement.

Athens. View from The Parthenon. (Crédit Photo : Dieretou)
Athens. View from The Parthenon. (Crédit Photo : Dieretou)

Comme Dora l’exploratrice, je prends tout ce qu’il me faut dans mon « cartable ». C’est en Europe du Sud la Grèce, c’est assez éloigné de ma petite province midi-pyrénéenne (d’ailleurs il y a une heure de décalage horaire), alors même si ce n’est point pour durer je ne veux pas être « surprise » par les événements, résultat : ma valise pèse deux fois ce qui était prévu. Je vois déjà vos regards désapprobateurs, ben quoi ? Une femme ça a besoin de beaucoup de choses, ce n’est pas comme ces messieurs qui eux peuvent porter les mêmes baskets six jours de suite 🙂 . Mais on s’égare, revenons au voyage.

Station Pireus, le Port.  (Crédit Photo : Dieretou)
Station Pireus, le Port. (Crédit Photo : Dieretou)

Ainsi donc dans l’avion d’Air France qui me mène à Athènes pendant trois heures de vol (Dieu merci, saine, sauve et entière au regard de l’actualité aéroportuaire) je commence un petit peu à angoisser. En effet dans cet appareil, il n’y a que trois Noirs moi y compris pour environ 200 passagers. Humm… mes amis de la diaspora savent certainement de quoi je parle, vous savez cette fâcheuse habitude dès qu’on arrive à un endroit de « compter » le nombre de Noirs parmi nous : en classe, dans une boîte de nuit, dans une entreprise, etc. Pratique destinée à nous rassurer je ne sais comment. Pourquoi on fait ça ? Je ne sais pas, mais ça doit être psychologique.

Quoi qu’il en soit les choses ne débutent pas très bien et je commence à me demander si je vais atterrir dans un pays où la race noire est encore méconnue et où les gens vont me regarder soit comme une pierre du néolithique soit comme une œuvre d’art ! Serais-je victime de racisme là-bas? Je vérifie mes notes de voyage, déverrouille ma tablette et parcours les informations que j’ai glanées ici et là il y a quelques jours pour le bon déroulement de mon séjour. Les lieux à visiter avec le guide du routard spécial Greece, la mentalité de la population sur des blogs de voyage, etc. Car bien entendu la dernière chose dont j’ai envie, est de revivre ma traumatisante expérience du Maghreb !

Non non pourtant, pas grand-chose à signaler de ce côté dans mes notes. Rien d’insurmontable en tout cas. Et puis des Noirs dans un avion, qu’est ce que ça prouve après tout ? Finalement, je réajuste ma ceinture et entreprends une petite sieste pour me calmer et chasser les vilaines cernes qui me guettent.

Aegina Island.  (Crédit Photo : Dieretou)
Aegina Island. (Crédit Photo : Dieretou)

J’arrive à Athènes vers 13 h, heure locale et ça y est l’aventure commence. Dans l’aéroport ? Toujours zéro Noir et quelques regards sur moi, mais j’essaie de ne pas y prêter attention. Je me dirige vers la sortie Taxis où un très grand monsieur vient à ma rencontre tout sourire. Sourire marketing me direz-vous ! On s’en fout, j’aime son visage paternel et mon anxiété s’évapore petit à petit. Je grimpe dans son bolide et on est parti. Je lui donne l’adresse de mon hôtel qu’il connaît déjà heureusement pour avoir déposé certains touristes à cet endroit ! Avec mon anglais approximatif je commence à discuter avec lui, la vie à Athènes, comment a-t-il vécu la crise, etc. Les réponses affluent et nous nous lançons dans une conversation bon enfant où mes questions se font tout de même de plus en plus intrusives ! Je veux tout savoir moi !

Commerces à Akropolis .  (Crédit Photo : Dieretou)
Commerces à Akropolis . (Crédit Photo : Dieretou)

Mon chauffeur est un Grec qui doit avoir la cinquantaine, il m’explique la désillusion qui a frappé la population après l’annonce de la dette grecque. Il m’affirme avoir perdu foi en la politique et que le gouvernement ne lui inspirait plus confiance! Il parle, parle, et moi j’écoute, j’écoute. Je me sens comme une journaliste en reportage. Il m’explique comment les salaires ont été drastiquement baissés sans crier gare, comment il a perdu son emploi de bijoutier, son désespoir. Le trajet d’une trentaine de minutes me permet de le questionner sur Alexis Tsipras, le nouvel homme fort de la Grèce. Il émet certaines réserves, il veut bien lui accorder le bénéfice du doute, mais pas plus. Il s’explique :

_You know, Tsipras is a young man, he got a lot of ambitions for the country. But will they let him work ? I don’t think so. Look at Kennedy, he was so dynamic, full of dreams, he wanted to change the world. And what they did to him? They killed him.

(Vous savez, Tsipras est jeune, il a de nombreuses ambitions pour le pays. Mais le laisseront-ils travailler ? Je ne pense pas. Regardez Kennedy, il était dynamique et plein de rêves, il voulait changer le monde. Et que lui ont-ils fait ? Ils l’ont tué!)

Je sursaute, peut-on en arriver là en Grèce? . J’en profite pour lui demander des informations sur l’hypothétique présence de la mafia et des cartels en Grèce.

_Oh they are everywhere in the world. (Oh ils sont partout dans le monde)

Nous nous arrêtons là sur ce sujet assez délicat.

_What about Black people here ? Greek are they usually racist or xenophobic ?

(Et les Noirs ici ? Les Grecs sont-ils racistes ou xénophobes en général ?)

J’essaie de tester tant bien que mal sa franchise par cette question que je lui pose sans ambages en observant son regard dans le rétroviseur.

_ I wouldn’t say that, me répond-il en faisant une petite moue désinvolte… Here we love the tourists and Black people doesn’t cause mess or disorder so there is not problem.

(Je ne dirais pas ça. Ici on aime les touristes et les Noirs ne sèment pas de pagaille donc il n’y a pas de problème.)

Nous passons donc aux joyaux de la ville d’Athènes : le temple de Zeus à Akropolis, le Parthenon, l’Agora, Syndagma, les magnifiques îles Hydra, Aegina, Zakynthos, les boîtes de Gazi, Pireus (le port), etc. qu’il me conseille expressément de visiter. Je lui dis que j’y compte bien et nous nous séparons gaiement alors que je lui promets de le rappeler en cas de besoin. Le prix du trajet : 40 euros.

Métro Athènes.  (Crédit Photo : Dieretou)
Métro d’Athènes. (Crédit Photo : Dieretou)

Tout au long de mon escapade, je découvre une population qui peine financièrement à s’en sortir certes comme partout, mais ici plus qu’ailleurs. Les ménages touchant peu ne consomment plus. Ils préfèrent désormais mettre de l’argent de côté que de dépenser pour se faire plaisir. Ils sont traumatisés à l’idée d’être frappés par une seconde mauvaise nouvelle dans le secteur économique. Le commerce a perdu de ses galons et l’économie se trouve désespérément asphyxiée puisque les industries n’arrivent plus à écouler leurs marchandises qui sont soldées.

Temple du Dieu Olympien Zeus.  (Crédit Photo : Dieretou)
Temple du Dieu olympien Zeus. (Crédit Photo : Dieretou)

Cela fait sans aucun doute le bonheur des touristes qui se procurent des biens et services sans avoir à dépenser beaucoup mais pour les Grecs, c’est une vraie catastrophe. Je me rappelle de cet épicier chez qui j’étais allée acheter des fruits tôt le matin vers 7 h. J’étais sortie de mon hôtel non seulement pour retirer des sous au distributeur d’à côté mais aussi pour appréhender ce quartier toute seule, à ma manière.

Le Parthenon .  (Crédit Photo : Dieretou)
Le Parthenon, vue du bas. (Crédit Photo : Dieretou)

Pendant une heure j’ai marché pour mieux me repérer dans ce nouvel espace où la plupart des boutiques et enseignes sont en alphabet grec. Lorsque je vois ces fruits sur son étal délicieusement exposés, je ne résiste plus et me dirige vers sa boutique :

_G’morning, lancé-je à la volée dans l’espoir d’avertir quelqu’un de ma présence.

Le gérant, un jeune monsieur dans la trentaine, est au fond de sa  boutique. Une calculatrice à la main, le front plissé  tentant de se démener tant bien que mal dans ce qui me semble être de loin, des chiffres.

_Kaliméra (bonjour) me répond-il…

Aïe, je sens qu’avec lui ce sera compliqué de discuter puisqu’il a l’air de ne parler que grec.

Je lui achète une poche pleine de fruits appétissants : bananes, pommes, fraises, clémentines. Cela a l’air de le dérider et après avoir payé, je tâte doucement le terrain puis lance mes questions habituelles :

_So, what about the economic crisis ? Was it hard for your business?

(Et au sujet de la crise économique ? C’était dur pour ton commerce ?)

_Oh truly hard, me répond-il…

(Vraiment difficile)

Nous devisons un bon quart d’heure pendant lequel il loue la venue de Tsipras et de son équipe comme celle d’un messie. Lui et ses amis me dit-il, placent tous leurs espoirs dans ce nouveau départ! Il me parle de dignité retrouvée et je veux presque y croire tellement que son optimisme est contagieux. Il m’apprend quelques mots en grec qu’il me note sur un papier.

_ Ef̱charistó̱ polý (Merci beaucoup). Lui dis-je dans un sourire en tournant les talons.

C’est ainsi que s’écoule tranquillement mon séjour, et je ne fais l’objet d’aucun racisme. Les gens me parlent tranquillement, sont agréables quand je vais vers eux et je commence à honnêtement apprécier cette ville. Cette μαμά (mamà) grecque avec ses longues robes fripées et son sourire bienveillant à qui je demande mon chemin lorsque je m’égare, ces petites adolescentes beaucoup trop maquillées pour leur âge que je croise au théâtre Dionysos, qui devinent je ne sais comment que je ne suis pas d’ici et me lancent un charmant :

Where are you from ?

Auquel je réponds :

_France.

Avant de s’extasier les yeux écarquillés :

_Oh Parisss (lire parice) I love this country. Puis elles continuent :

_ I will go there as soon as I’ll got my own money. Alexis Tsipras will change everything and we’ll got jobs.

A la bonne heure! leur dis-je. Elles dégagent un aimable enthousiasme que je ne voudrais gâcher pour rien au monde.

Je remarque que les adultes et les personnes âgées sont plus méfiants face à ce nouveau régime auquel ils souhaitent certes toute la réussite mais gardent néanmoins la tête sur les épaules. Ils savent que la lutte pour renégocier la dette sera acharnée notamment avec celle qu’ils appellent ici « La Merkel » avec dédain.

Après quatre jours de longues journées d’excursions découvertes un peu partout à Athènes: le quartier fleuri d’Anafiotika, le marché aux puces de Monastiraki, sautiller à Petralona, Keramikos et j’en passe; je suis à la veille de mon retour. Toutes les bonnes choses ont une fin. Je décide donc d’aller jeter un coup d’œil vers ces pittoresques îles célèbres : une qui est « assez proche » d’Athènes c’est-à-dire à quarante minutes de trajet en catamaran : Aegina; et une autre dont le parcours est digne d’une odyssée : Zakynthos. Mais le jeu en vaut sans aucun doute la chandelle. Le décor est féerique.

Zakinthos Island.
Zakinthos Island.

Pendant cette minicroisière je fais la connaissance d’un autre barbu de grec (ah oui j‘oubliais de vous le dire, les hommes sont presque tous barbus et les jeunes femmes sont en général de jolies petites brunes aux traits prononcés, ce qui leur confèrent un petit air énigmatique très séduisant), avec qui j’ai une autre discussion passionnante et instructive. Il a vingt-sept ans, est consultant en informatique dans une entreprise de la place et parle un peu français. Il trouve aussi que Tsipras est une bénédiction pour la Grèce. Il m’explique que l’Union européenne a beaucoup été trop dure avec eux qu’il est plus que temps de changer la donne. J’ose tout de même un petit :

_Je comprends les répercussions sociales de l’austérité sur le long terme, mais ce n’est pas à l’UE qu’il faut en vouloir et si on vous annule cette dette qui a déjà été réduite par le passé, ce sera aux autres pays membres de payer pour vous, pour les folies de grandeur de votre ancien gouvernement alors qu’eux ont été sages. C’est injuste. It is so unfair, appuyé-je en anglais.

Je le regarde, je suis peut-être allée un peu trop loin. Heureusement, il sourit puis ajoute :

_ Néanmoins ça ne peut plus continuer me dit-il, les Grecs ont trop souffert et ce n’était pas de leur faute non plus, la seule erreur qu’on peut leur reprocher est d’avoir eu confiance en leurs élus. Et puis ce n’est pas comme si l’Allemagne elle, avait entièrement remboursé sa dette de guerre non plus.

Cette dernière tirade me fait sourire. Un point sur lequel je n’ai aucun mal à le rejoindre.

 

 

Le catamaran avec lequel on a voyagé.  (Crédit Photo : Dieretou)

Le catamaran avec lequel on a voyagé. (Crédit Photo : Dieretou)

Le lendemain, j’embarque pour mon vol retour, en gardant un ravissant goût de cette petite virée captivante et en me promettant intérieurement de revenir dès que je pourrai.

Airbus 15 32 . (Crédit Photo : Dieretou)
Hello from the sky. (Crédit Photo : Dieretou)


De la difficulté d’une transition vers une croissance verte

Industry. Crédit Photo : Géorgie Pauwels. (flickr.com)
Industry. Crédit Photo : Géorgie Pauwels. (flickr.com)

Certains pourraient juger inutile ou alors précipité de parler de croissance verte alors que la croissance à proprement dite n’est pas encore enclenchée dans les pays du Sud .

« -Quelle écologie ? Sortez d’abord de la misère et puis on verra… » me diront d’autres.

Pourtant loin d’être stupide, l’idée selon laquelle les pays africains doivent désormais compter avec l’écologie dans leur développement durable fait son bout de chemin.

S’il n’ y a de doute pour personne que l’utilisation massive d’énergies fossiles après la découverte du charbon et du pétrole a été à l’origine du développement et du mode de vie actuel des nations occidentales, les pays en voie de développement eux se doivent de réussir le pari d’une croissance économique plus respectueuse de l’environnement.

Ben oui quoi, va bien falloir que d’autres pays paient et compensent toute la merde causée par les insatiables appétits capitalistes (venus de l’on sait où  !). Et bien entendu, ceux qui vont s’en charger, ceux qui vont pâtir de ces contraintes écologiques dans leur processus de développement vont être les contrées qui vont économiquement croître en dernier : les pays de l’est et du sud.

L’industrie qui est le moteur principal de toute croissance est le secteur qui doit concentrer le plus d’efforts pour une transition verte. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un secteur boulimique en termes énergétiques. La bonne industrie est celle qui dispose de toute l’énergie quantitative ET qualitative pour soutenir une bonne productivité ainsi qu’une compétitivité internationale à toute épreuve. Tout l’enjeu aujourd’hui de la catégorie des pays dits riches est donc de progressivement faire basculer leur économie vers une économie verte. Celui des pays du tiers-monde quant à eux, est de pouvoir enfin amorcer une croissance économique digne de ce nom. Non pas en suivant l’exemple des pays du Nord qui avec leur machine industrielle, ont saccagé l’éco-système naturel, pollué la terre, etc. , mais en épousant des attitudes économiques en adéquation avec le bien-être des générations futures.

Comment maintenir le niveau de productivité pour les uns et croître économiquement pour les autres tout en adoptant cette nouvelle manne que sont les énergies renouvelables ?

Panneaux solaires à Narbonne. Crédit Photo : Dominique Lenoir (flickr.com)
Panneaux solaires à Narbonne. Crédit Photo : Dominique Lenoir (flickr.com)

Les énergies vertes encore peu maîtrisées (par rapport à celles irréversibles et polluantes que les hommes ont longtemps utilisé pour en connaître maintenant  tous les rouages) sont certes salutaires mais ont cet « inconvénient » d’être difficilement extractibles. En effet pour obtenir quelques quantités (relativement petites) de ces énergies (éolienne, hydraulique, solaire, etc.), il faut mettre en place de grosses installations plus ou moins coûteuses qui nécessitent de grands espaces . Mais si l’on compare cet « inconvénient » aux drames qui ont jalonné l’histoire des énergies fossiles : l’entreprise américaine BP  qui a accidentellement déversé plusieurs tonnes de polluant dans la mer du Golf donnant naissance à une marrée noire qui a détruit  la faune et la flore, ces difficultés d’extraction associées aux progrès technologiques futurs semblent très vite surmontables.

Néanmoins les problèmes liés à une telle transition ne sont pas qu’énergétiques ou industriels. Toujours dans le secteur économique, la présentation actuelle des marchés, le féroce appât du gain des entreprises super-puissantes au détriment d’une prise de conscience collective ne favorisent pas cette croissance exclusivement verte tant voulue. Le commerce, les transports, le secteur tertiaire sont autant de volets qui prennent un poids considérable dans cette transition. Les efforts doivent être coordonnés et synchronisés pour qu’on puisse constater un quelconque changement.

Comment concilier la faim galopante dans le monde et l’abandon de l’agriculture intensive dans un noble désir de respecter les terres de plus en plus appauvries par des pratiques peu scrupuleuses? Grande interrogation.

En revenant des champs. Crédit Photo : Philipe Gigliotti (flickr.com)
En revenant des champs. Crédit Photo : Philipe Gigliotti (flickr.com)

En dernier lieu, soulignons que les comportements restent le plus difficile à changer dans cette situation. Certains auteurs affirment que si les sociétés (spécialement celles américaine, européenne et tout récemment asiatique) ont beaucoup de mal à passer d’une croissance économique sauvage à une croissance économique verte c’est parce que tout simplement les individus manquent grandement d’ « éducation écologique ». Les populations doivent ré-apprendre à faire attention à leurs agissements qui impactent la nature.

Comment emmener des populations habituées à l’opulence à ne plus gaspiller, à prendre le vélo ou le bus aulieu de la voiture, à trier, etc?

Le processus est long et demande de vastes plans de sensibilisation. L’avantage avec les pays émergents ou en développement c’est que les comportements et les mentalités (du moins pour la plupart) sont encore vierges de toute extravagance. En théorie, il serait donc plus facile d’y faire acquérir des habitudes plus responsables et saines aux populations. En théorie seulement.

Eoliennes. Crédit Photo :  Aurélien Catinon (flickr.com)
Eoliennes. Crédit Photo :
Aurélien Catinon (flickr.com)


Toulouse est Charlie

charlieee
L’université Jean Jaurès se recueille à Toulouse. Crédit Photo : Dieretou

Aujourd’hui à Toulouse comme dans la plupart des grandes villes de France, l’heure est à la consternation et l’humeur à la tristesse. Au lendemain des évènements qui ont frappé Paris, la ville s’engloutit doucement dans une torpeur qui en dit long sur l’état d’esprit de chacun.

Dans le métro, un calme inhabituel. Les têtes sont baissées, les regards sont fuyants la tension est palpable. Les conversations sur l’actualité sont mises de côté, l’émotion est encore trop vive et une étincelle pourrait mettre le feu aux poudres. Alors on se veut prudent, l’œil  hagard on tente de comprendre, en vain. Aujourd’hui, on ne répond que par monosyllabes. On rend hommage calmement, douloureusement.

J’arrive dans l’enceinte de l’université Jean Jaurès, sur la grande place une foule immense est venue témoigner son soutien aux disparus. Des affiches sur lesquelles on peut lire « Je suis Charlie » parsemées ici et là. Pas de discours, les visages amers sont éloquents. Que dire face à la bêtise humaine ?

TLSE
L’université Jean Jaurès est Charlie. Crédit Photo : Dieretou

Aujourd’hui, il ne fait pas bon de porter le voile en France, ça aussi il faut le dire, les raccourcis sont vite fait. On ne comprend pas « qu’une religion puisse être si meurtrière à travers le monde ». Ces mots je les entends. Des mots tenus furieusement par une jeune femme aux yeux embués. Est-ce la religion cependant ? L’islam ou les monstres qui l’interprètent comme bon leur semble? 

Hier je tweetais :  » Vous dites : ne faites pas d’amalgames, mais à la longue c’est dur de ne pas en faire, #ViolenceEverywhere #CharlieHebdo ».  De confession musulmane, je m’attends qu’à la fin on ne veuille plus croire à ces VRAIS musulmans au cœur apaisé, refusant toute forme de haine et de radicalisation. De Sydney à Montauban en passant par Paris hier, on contredit ces derniers. On les salit.

Mais pourquoi Toulouse est aussi bouleversée ?

C’est parce que Toulouse connaît très bien cette amertume qui ronge Paris. Elle se rappelle l’affaire Merah et des tueries qui ont fait la Une de tous les quotidiens nationaux. Pour la première fois, la ville est confrontée à ce qu’on appelle du terrorisme concret. Le mot est là, cruel et effrayant. Elle sait les traumatismes laissés par pareille attaque : un sac abandonné à un arrêt tramway et c’est la panique : services métro, bus et tramway arrêtés, périmètre quadrillé : on appelle les équipes de démineurs pour finalement se rendre compte que ce n’est qu’un cartable oublié là par un gamin. Pour cela et parce que Toulouse sait que le travail de « guérison morale » est un travail de longue haleine, la ville compatit.

TOUS CHAR
Entrée de la Bibliothèque  de l’université J.J au lendemain des évènements de Paris. Crédit Photo : Diérétou

C’est avant tout, une banalisation de la vie humaine, une atteinte à la noble vocation qui est d’informer. Preuve conséquente du fait que le journalisme est bien un métier dangereux aussi bien pour le reporter de guerre à l’autre bout du monde que pour l’éditorialiste ou le caricaturiste dans son bureau qui a pour seule « arme » son crayon. C’est toute la famille du journalisme (et pas qu’occidental) qui est en deuil.

Parce qu’on peut montrer son désaccord sans plonger dans la bestialité. Parce qu’on peut ne pas être du même avis et le montrer autrement qu’en tuant sauvagement. Aujourd’hui il est important de dire et de marteler qu’on ne cautionne pas ce qui se passe aussi bien en France, qu’en Syrie, en Palestine ou au Nigeria. Les combats sont différents, mais on aspire à la même finalité : la paix. Pourquoi donc ne pas faire un bout de chemin ensemble et lutter à l’unisson ? Car si Toulouse est Charlie, elle est également tous ces jeunes innocents qui tombent toutes les heures à travers la planète.

 


Guinée en robe de fêtes, souvenirs d’une Conakryka

 

image
Kankan. Crédit Photo : Julien Harnais

Ça y est l’année s’achève. 361 jours écoulés déjà, plus que quatre jours et on tournera vite la page comme si elle n’avait jamais été écrite. Seule une ride de plus sur nos traits témoignera de son passage. Je suis devant la fenêtre il pleut, il neige par alternance, le temps est tellement maussade. Il est à l’image de mon humeur.

Tout contraste avec toi, Guinée en ces périodes.Tant d’effervescence, tant d’entrain, tant de visages jovials, tant de convivialité, regroupés en un même endroit. En cette fin d’année je me rappelle de tout, de toutes ces choses qui font de ton sol, de cette terre, un havre de paix et d’hospitalité. Guinée mon amour, je me rapelle de tes merveilleuses femmes aux courbes généreuses et aux déhanchés ensorceleurs parés de bayas. Je sais combien de fois elles adorent être apprêtées pour toute festivité. Je me rapelle de ces longues files d’attente chez le tailleur suivies de celles chez les coiffeuses de quartier. Clientes jamais contentes des délais, toujours pressées, insatisfaites du résultat parce que le « modèle était plus beau dans le magazine « . On dit que tu es un pays pauvre mais je sais que ces jolies malinkés au caractère affirmé, que ces attachantes peulhes au nez fin et au teint de lait caillé, que ces soussous à la gentillesse légendaire et aux formes de nymphe, que ces forestières chaleureuses à l’image de leur région ne tarissent jamais de billets de banque lorsqu’il faut se rendre belle.
Je me souviens à quel point elles adorent se pavaner pendant les mariages ou baptêmes avec leurs boubous sortis tout droit de chez le « tapeur ». Je me rapelle du froufrou élégant de leur bazin* à chacun de leur pas, de la fumée odorante du thiouraye qui s’élève dans la pièce et de ma mère qui chassait la gamine que j’étais à l’époque. Car le thiouraye, « c’est avant tout pour les femmes mariées » la légende veut que s’en approcher porte malheur aux jeunes filles qui ne trouveraient point de maris au moment venu. Guinée, il n’y a de doute pour personne quand au charme de tes femmes et à la bonne volonté de tes hommes.
Vois-tu mes vieux amis me disent que j’ai changé, que je ne te ressemble plus beaucoup, qu’involontairement je commence à avoir des « manières » de blanche, que j’ai un accent du sud et qu’au bout de ces longues années sans toi, la mentalité africaine s’effiloche comme un vieux pull en laine qui aurait subi les assauts du temps. Lorsqu’on me dit ça, j’ai l’impression de te tromper avec cette nouvelle venue qu’est la France. Pourtant je t’aime toujours, mes sentiments à ton égard n’ont pas changé, la France n’est qu’une amie (avec laquelle j’ai de bons rapports certes), mais rien de plus. Même avec ses bijoux scintillants, sa peau blanche, ses fards et nouveautés, elle ne m’intéresse pas. Je te préfère toi ma Guinée, ton authenticité me manque. J’aime ton visage naturel, tes tatouages traditionnels, ton éclatante dentition et ton énivrante chaleur tropicale.
Je n’oublie pas les soudaines coupures d’électricité en pleine émission « Parade » sur la Radio Télévision Guinéenne. Je n’oublie pas tes belles musiques dans nos dialectes, le folklore mandingue, etc. Mais je regrette de ne pas te connaître plus profondément. Tes villages, sous-préfectures ne me parlent pas beaucoup. Je suis une fille de la ville et à quelques égards, c’est un peu dommage… Mais je te promets qu’on y remediera à mon retour. Tu es si exquise, j’aimerais t’explorer de fond en comble, passer de longues veillées nocturnes à tes côtés, en tête à tête en amoureuses.

 

Veillées Nocturnes au village. Crédit : Martin Baran
Veillées Nocturnes au village. Crédit : Martin Baran

Hier je suis tombée sur deux ou trois chansons qui ont bercé mon enfance, que maman écoutait souvent.

Les paroles sont en langue malinké, je n’y comprends que quelques bribes. Mais ce n’est pas grave, elles ont un effet apaisant sur moi. Mais en quoi est-ce étonnant finalement ? Je suis ta digne fille. Ceux qui pensent que je me transforme en ces occidentales insensibles toujours à court de temps se trompent invraisemblablement. Nous aurons toujours cette relation fusionnelle toi et moi. Je suis imprégnée de toi.

Ici les gens sont étonnés lorsque je leur explique que chez nous chrétiens et musulmans vivent en parfaite harmonie, qu’on s’accepte les uns les autres. Ils sont tellement habitués à la guerre entre religions qu’ils en sont ébahis. Ils restent perplexes quand je leur affirme qu’on fête aussi bien l’Aïd que Noël ensemble sans histoires. Ils ne demandent qu’à voir et je leur dis de volontiers grimper dans le premier avion pour abreuver leur curiosité. Ai je menti Guinée mon amour? Tu es ce fabuleux endroit que je n’échangerai pour rien au monde, cet endroit où chacun a sa place.

Il y a cette effroyable chose qui veut ternir ta robe de princesse. Cette infamie du nom d’Ebola, cette mégère egoiste et imbue d’elle qui pense pouvoir débarquer et s’installer en maîtresse de terreur. Guinée tu es tellement plus forte que ça. Je sais que t’y arriveras, que tu la vaincras pour tous tes fils qui sont déjà tombés. Guinée, ne les laisse pas  user de puantes stratégies ô combien rocambolesques pour diviser tes enfants au nom d’une ethnie. Je suis sûre qu’on t’aime tous autant de la même façon. On a beau te critiquer, être sévère dans nos remontrances, te charrier sur toutes tes particularités à la « guinéenne » , ça ne changera jamais rien. C’est notre façon bien spéciale de t’aimer.

image

Pour cette nouvelle année je te souhaite tellement mieux, beaucoup de prospérité, de santé, de succès, de solidarité. Pas de beauté, tu es déja à couper le souffle avec tes arbres verts à chaque coin de rue, vecteurs de pluies abondantes. Cette missive n’est pas dédiée qu’à ta fille Conakry qui a cette manie de toujours vouloir retenir tout ce qui est bon pour elle oubliant ses soeurs. Mais elle est également destinée à Kankan, Kissidougou, Kouroussa, Boké, Faranah, Lola, Kindia, Labé, Dalaba, etc… Toutes ces belles demoiselles en attente de loyaux prétendants comme la démocratie, la stabilité, la prospérité…

Bref, je pourrai passer ma vie entière à te magnifier (tu mériterais aisémment une vie), à porter à la connaissance de tous tes atouts et faiblesses, à t’idôlatrer pour rappeler à tous qui règne dans mon coeur. Mais ce n’était point le but, Guinée mon amour je voulais ici juste te dire en cette quatrième année encore loin de toi, que je pense fiévreusement à toi pendant ces nuits froides et que j’arrive pour tendrement achever cette belle aventure qu’est la nôtre…

En attendant prend bien soin de toi, précieuse.

 

*bazin : tissu africain damassé, teinté à la main


Ce que vous trouverez dans le sac d’une femme !

sac
What is in my bag today ? Crédit Photo : Amysphere.

Beaucoup d’hommes se sont déjà posés la question. Mais qu’est-ce qui se trouve dans ce sac au point qu’elle ne veuille que personne ne le touche? Ni s’en séparer? Ou tout simplement pourquoi est-ce aussi lourd ? 

Nos chers messieurs sont les premiers concernés et c’est d’ailleurs un peu pour eux que j’ai concocté ce billet ! ( Ben oui parce qu’entre filles on se comprend, n’est-ce pas les « coupines » ?)

Enfin bref, dans le sac d’une femme il y a tout et rien. Mais vraiment croyez moi, TOUT et RIEN. C’est un vrai foutoir, on y trouve tout ce qu’il faut pour se remaquiller en 6, 4, 2 entre deux rendez-vous professionnels dans des toilettes publiques à la propreté douteuse (ou sur toute surface transparente pour ma part), on y trouve le paquet de clopes (pour les fumeuses), un tampon ou une serviette hygiénique (en cas de mauvaise surprise), le paquet de sucreries (bonbons ou chewing-gums), le portefeuille ( ah parce que vous pensiez que le sac était assez gros pour se passer d’un autre « petit sac »? eh bien non, les sous, cartes de crédits, cartes de visites et autres pièces d’identité se mettent ailleurs bien au chaud). Mais oui quoi ne mélangeons pas torchons et serviettes !

Lorsqu’on est une femme (surtout une des temps modernes), on vous demande d’ assurer sur plusieurs fronts : on a une carrière professionnelle (ou étudiante) , on est maman, ou épouse. Le sac à main représente notre armure, c’est LE gadget des missions impossibles façon « Totally Spies » ou « Charlie et ses drôles de dames« . Il faut être parée pour toutes les situations, c’est un peu pour ça que ça pèse une tonne. Ça y est je réponds à votre soif de curiosité là? 🙂

Ainsi en fonction de l’endroit où elle habite vous aurez beaucoup de chances d’y trouver le mini-parapluie rangeable avec housse qui plus est, ( on est jamais trop sûr avec mère nature, à Londres par exemple on a vite fait de se retrouver trempée de la tête aux pieds, détruisant le dernier brushing reluisant qui nous a coûté 90 balles), le gel anti-bactérien (les transports en commun my god, quels nids à parasites ! ), le thermos à café, le paquet de mouchoirs, le bouquin entamé qu’on dévore dans le bus dès qu’on a un moment entre deux arrêts, les lunettes de soleil (ou pharmaceutiques), la chemise de documents super-méga-importants (oui oui ça se dit), la crème pour les mains sèches, le petit traitement homéopathique pour le je-ne-sais-quoi qui nous fait mal de temps en temps, l’agenda dans lequel sont notés par ordre tous les rendez-vous et to-do list (aller chercher le petit à son cours d’équitation, téléphoner à Marion pour le dossier X, s’inscrire au yoga sur commentsedetendremachin.fr) . Mes sœurs africaines ont même un petit plus, le gris gris anti-mauvais-oeil ou porte bonheur! Et encore la liste est loin d’être exhaustive.


 

Eh oui, c’est aussi ça aussi être une femme au four et au moulin. N’empêche que si avant les hommes se contentaient de portefeuilles et de poches de pantalons pleines, il  y en a de plus en plus qui n’arrivent plus à se passer de leur sac (souvent en bandoulière). Si si je vous le promets, on les aperçoit dans les rues ou dans le métro ! Alors quoi, on s’y met aussi ?

Ceci dit cela n’enlève rien au fait que parfois, les week-ends par exemple, on ait aussi envie de nous balader sans rien dans les mains, les bras ballants et l’esprit tout aussi léger.

Because who run the world ? GIRLS !!!

 Bon week-end les amis !

 


Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise

Alone. Crédit Photo : Transformers18 (flickr.com)
Alone. Crédit Photo : Transformers18 (flickr.com)

*

Même si je sais que tout fout le camp, je suis heureuse. Une joie indicible emplit mon coeur et mes artères. Pourquoi suis-je heureuse alors que je devrai joindre mes deux mains et pleurer à chaudes larmes? Je ne saurai le dire.
Mais dans cette amitié perdue, cette relation amoureuse brisée ou ce parent malade, dans ce temps qui passe et qui me vieillit au compte-goutte (ou pas si lentement que ça) je perçois une lueur. Car voyez-vous je ne demande pas beaucoup, seulement quelque chose à quoi me rattacher. Un truc pour lequel je pourrai dire : je suis née pour ça. La lueur est faible encore mais elle est bel et bien là. Elle m’appelle, elle attend que je la ravive.
Avant j’étais ce lys qu’un rien effarouchait, j’ai appris à m’endurcir dans un monde de brutes. Dans un vingt-et-unième siècle où il n’y a aucun repère fixe, où tout bouge inéluctablement. Lorsque j’ai perdu ma « meilleure amie » (du moins je le pensais férocement à cette époque) pour une broutille qui m’avait été injustement reprochée, j’ai su que rien ne serait éternel parce que je nous voyais bien finir ensemble elle et moi, nous enlaidir en pestant contre le poids des années autour d’une table où l’on partagerait deux martinis. Je l’ai vu aussi dans les yeux de cet homme qui m’a avoué avoir perdu ses deux parents. J’ai pensé aux miens avec amertume. Tout fout vraiment le camp.

Voici pourquoi j’apprends à mon cœur, ce gros rebelle récalcitrant à s’aguerrir. Je le façonne à l’image de la société dans laquelle je vis. Il a beau subir de nombreuses ecchymoses, le pauvre idiot continue à aimer, à s’attacher, et à faire glousser d’émotions intenses l’incorrigible âme que je suis. Et pourtant je m’y atèle, je le compresse, l’étouffe, l’écrase, le chiffonne et le range dans un placard que je ferme à clé mais il parvient tout de même à pointer le bout de son nez à chaque rencontre (amicale ou autre), déjà prêt à s’ouvrir comme les pétales d’une rose. Il ne faut plus qu’il « ressente » pourtant. Je veux d’un galet à la place, un galet bien dur et poli comme ceux de la promenade des Anglais de Nice. Ainsi j’irai contre vents et marées, braver les aléas de la vie. Comme dans ce bouquin intitulé « la femme parfaite est une connasse« , il me faut être cette connasse d’écervelée sans cœur.
J’y arrive petit à petit et rien que pour ça je m’octroie un « Mazel Tov! » . Je suis comme anesthésiée de la vie, une « amnésique du cœur ». Je me dis qu’il le faut pour réussir, ne pas prendre les gens en pitié ni m’apitoyer sur mon sort.
Les péripéties de la vie passent au-dessus de moi comme un nuage chargé d’eau de pluie. Mais avant au lieu de chercher à tout prix un parapluie que je n’arrivais jamais à ouvrir à temps comme dans un cauchemar symptomatique, je profite de la pluie et danse sous les gouttes qui mouillent mes cheveux et mon visage. Le morceau? « Te quiero » de Stromae.

Le beau temps reviendra certainement. Je profite aussi bien des tracas que des périodes calmes. Pourquoi vouloir lutter corps et âme contre ça? Economisez-vous car si vous êtes venu au monde vous aurez à coup sûr des problèmes. C’est un monde à problèmes. Où tout fout le camp.

L’autre fois à la sortie du cinéma avec une amie où  j’étais allée voir le dernier film de Nolan « Interstellar », j’ai remis ma vie entière en question. En effet qu’est-ce finalement une vie dans cet espace interstellaire infini ? La créature que je suis ainsi que toutes les choses qu’elle vit semblent si dérisoire en comparaison de l’immensité de cette galaxie. Ça a beau être du cinéma mais la seule idée de penser qu’une heure sur une autre planète à l’autre bout du monde peut représenter sept années humaines sur notre chère planète terrienne, fait réfléchir. Vous et moi ne sommes que grains de sable.

Mais par dessus tout l’idée de voir ma peau rider un jour me terrifie. Hier rue du Touch, j’ai vu une vieille dame traverser la route, claudiquant comme une mangue mûre attirée par la gravité et qui ne tarderait pas à tomber tellement qu’elle était courbée. Elle s’appuyait péniblement sur sa canne. Je me rappelle la pensée qui m’a tétanisée à cet instant : serais-je comme ça un jour? J’ai bon espoir que les petits soldats en blouse blanche nous auront trouvé quelque remède au vieillissement avant 2038. Année à laquelle j’aurai quarante-cinq ans. Quarante-cinq ans. C’est si loin et si proche en même temps. La vitesse à laquelle est passée 2014 m’effare. Il me semble que c’était hier encore que l’on se claquait des bises de « bonne année » sur les joues ou sur la bouche pour les plus chanceux. Si les prochaines années passent comme ceci, j’ai peur de vieillir avant d’avoir cligné des yeux. C’est bien des problèmes de femmes ça hein? 🙂

Mais c’est tellement facile de laisser notre vie nous filer entre les doigts. C’est une bien coquine illusionniste et l’arnaque commence dès la naissance au premier souffle. Vous pensez avoir du temps mais en réalité « c’est le temps qui vous possède ». Et si je ne parvenais à rien faire de mes dix doigts ? Et si demain je me réveillais avec quatre-vingt années de regrets ? Je n’aurai pourtant pas de seconde chance. Je vis le tout pour le tout.

Alors je n’ai pas envie d’avoir un cœur qui m’handicape. Je ne veux rien ressentir. Je veux être un machin inerte sur lequel les coups bas et mauvaises nouvelles glissent sans ricocher. Que fais-je alors des bonnes nouvelles et des relations passionnées aux sentiments palpitants et enivrants? Rien ou pas grand chose. Ces états d’esprit éphémères ne m’impressionnent plus.

Amertume. Crédit Photo : labaronne. (flickr.com)
Amertume. Crédit Photo : labaronne. (flickr.com)

Et très souvent nous passons d’un état à l’autre sans crier gare, de quoi vous refiler un arrêt cardiaque que je vous dis, tant la vie nous fait avaler ses caprices de chienne. Moi je suis fatiguée, moi je m’arrête là dans l’aventure des sensations. J’y suis presque. Bientôt je ne sentirai plus rien et je me moquerai de ce que l’on pourra penser. Le jemenfoustime est une bénédiction de nos jours, un don dont il faut user à profusion, sans modération. Si vous vous attachez, vous courrez au suicide. Vous donnez le pouvoir à ces gens de vous anéantir lorsqu’ils partiront car ne vous leurrez pas, ils s’en iront. J’ai l’air défaitiste comme ça hein? Pourtant j’essaie juste d’être réaliste.
Alors j’ai piétiné moi-même ce lourd organe à porter avant que d’autres ne le fassent à ma place. Mais ce n’est que du bluff, en réalité je termine juste ce qu’ils ont si gaiement commencé. Oui car tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise. Et ni vous, ni moi n’y pouvons quelque chose.


Polygamie, belle ennemie, comme je te hais!

Marcanda (Fête de mariage polygame). Crédit Photo: Gustave Deghilage
Marcanda (Fête de mariage polygame). Crédit Photo: Gustave Deghilage (flickr.com)

C’est fou le nombre de choses que la société demande à la gent féminine, surtout en Afrique : « soyez respectueuses, ayez une bonne éducation, respectez les grandes personnes, sachez cuisiner, restez à l’écoute de vos familles, soyez une bonne ménagère et une bonne épouse demain pour votre tendre et cher » mais par dessus tout, l’ultime attente : « acceptez de partager votre mari et faites le de bonne foi en plaquant un sourire étincelant sur vos lèvres. »

Je ne suis pas une féministe dans l’âme. Je le disais encore à un ami il y a quelques jours, moi les hommes et tout le champ lexical qui entoure ce mot, je ne suis pas contre. J’en suis d’ailleurs une grande amoureuse et les FEMEN c’est loin d’être mon kiff coup de cœur. (Je trouve qu’elles représentent très mal ce noble mouvement qu’est le féminisme, les canaux de communication qu’elles utilisent ne sont comprises que d’elles, mais laissons là ce débat, c’est une toute autre histoire). La problématique que soulève ce billet est ailleurs.

Je le dis pour les gens qui en lisant ces quelques lignes vont tout de suite avoir comme préjugé : voici une autre pseudo-féministe émancipée pro-mariage gay, qui va nous rabattre les oreilles avec les droits des femmes, la polygamie et tout le tralala. Une petite négresse sortie tout droit de l’école « des blancs » et qui se croit maintenant l’esprit assez progressiste pour remettre en question ses valeurs et sa culture. J’ai déjà eu droit à des phrases comme cela. 🙂

Je ne suis pas une féministe mais vous n’aurez peut-être tout à fait pas tord en affirmant ça. Je suis pour la liberté des homosexuels, pour le droit à l’IVG pour celles qui le veulent, le droit de vote des femmes, un salaire équitable entre hommes et femmes, etc. Mais vous savez aujourd’hui on n’a pas besoin d’être féministe pour revendiquer ça. J’estime en tout cas que ce sont les aspirations basiques d’une jeune fille du 21ème siècle en phase avec son époque. Mais ne nous égarons pas. La société en demande tant aux femmes mais que fait-elle en retour pour elle? Pour son épanouissement et son indépendance ? Pas grand chose vous en conviendrez…

Lorsqu’on la prend comme seconde épouse (parfois troisième ou quatrième), les vieux sages qui se sont occupés de la cérémonie de mariage lui disent en guise de « conseils » de nouvelle mariée : « tu es maintenant dans ton foyer, respecte ton mari et épaule le dans les moments difficiles mais n’oublie pas que tu as trouvé une autre ici. C’est ta grande sœur et non ta coépouse. Ecoute et respecte la. Soyez unies et votre mari sera content de vous ». Comme si le but ultime de sa naissance n’était que de contenter un homme. Le couple est censé être l’endroit de satisfaction et de contentement des deux parties non ?. À la malchanceuse première femme on dit : « ce n’est pas parce que ton mari ne t’aime pas qu’il t’a octroyé une « sœur » au contraire c’est parce qu’il t’aime qu’il t’apporte une seconde femme qui va t’aider à t’occuper de lui ». Foutaises.

Une chose est sûre, en langue de bois, ces roseaux d’un autre âge à la charpente courbée sont passés maître dans l’art. Il ne me semble pas que la première épouse aie dit à un moment de sa vie qu’elle était épuisée par son propre foyer et qu’elle voulait de « l’aide » pour s’occuper de son mari. Quand bien même ç’aurait été le cas, une aide-ménagère aurait tout de même été plus approprié non? Et pour terminer en beauté, on dit à l’heureux élu propriétaire d’un harem « Sois équitable entre elles, n’aie pas de préférence, si tu offres un pagne à l’une, fais-en de même pour l’autre ». Ah, parce que avoir une préférence ou non c’est quelque chose qui se décrète maintenant…

En général la seconde épouse ayant encore l’attrait de la nouveauté attire le marié qui n’a qu’une idée en tête, expédier le plus rapidement possible les nuits de la première que l’on appelle communément « tour » pour aller rejoindre sa tendre et jeune gazelle qui se languit de lui. Bientôt les hostilités commencent. On ne peut s’empêcher d’avoir un préféré, lorsqu’on a beaucoup de jouets on a son favori, lorsqu’on a beaucoup d’amis on a son meilleur ami, ainsi de suite. C’est dans la nature humaine même, on y peut rien. Et le nier serait un mensonge inutile.

Avoir une, deux, trois,… femmes revient pour moi à quantifier la femme, à la métamorphoser en « bien », « chose ». De la même façon qu’on peut avoir plusieurs voitures, on a plusieurs de ces objets-femmes. Et qu’on ne me balance surtout pas le sempiternel prétexte : » il faut que certains hommes épousent plusieurs femmes parce que sur terre il y a plus de femmes que d’hommes, autrement il y en a qui ne seront jamais mariées ». Mon oeil! Comme on est reconnaissante pour la sollicitude dont vous faites preuve à notre égard, vous êtes ma foi de parfaits gentlemen. Certains, plus rusés utilisent la religion : « l’islam le permet et le recommande même ».

D’accord il le permet, mais il recommande également de faire nombre de choses que vous ne faites pas, allez savoir pourquoi. Faire ses cinq prières, aller au Hadj, ne pas boire d’alcool, pas de fornication avant le mariage, etc. Mais comme par hasard la plupart de ces défendeurs de l’islam (d’occasion) sont amnésiques sur les recommandations restrictives. Auriez-vous une mémoire sélective messieurs ?

Mettons de côté l’hypocrisie de ces « explications » et intéressons nous à quelques facettes voulez-vous ? À quand remontent les derniers sondages qui affirment vos propos? Non parce que j’aimerais avoir des statistiques récentes dans un rapport bouclé à la manière de l’INSEE sur la quantité de femmes et d’hommes sur terre et qu’on m’explique ce rapport au mariage. Les premiers, que dis-je, les uniques bénéficiaires de ce système patriarcal sont les hommes et on s’étonne qu’ils veuillent nous entuber avec ces arguments superflus.

Mis à part l’image donnée à la femme avec ces us, dans les familles polygames les relations ne sont JAMAIS au beau fixe. On a deux types de familles polygames :

1-Celles qui donnent l’impression que tout va bien de l’extérieur alors que dedans c’est un arsenal de coups bas, de pratiques peu scrupuleuses et de haine masquée par de grands sourires. Les deux femmes se parlent, échangent, font mine de se respecter et de s’apprécier en public. Les enfants font de même, ils évoluent ensemble tout en gardant à l’esprit pour chacun qui est son « vrai » frère de qui est son demi-frère. On félicite souvent le chef de famille dans ce cas-ci parce qu’on estime qu’il a « réussi » sa polygamie. Ben oui quoi tout le monde « s’adore », les divergences, frustrations et mésententes sont enfouies au fond des cœurs. Vous vous les gardez au fond de vous, personne n’a envie de savoir un point c’est tout.

2-Celles dont les rapports sont grandement détériorés. Tout le quartier le sait, on les entend se disputer à des kilomètres à la ronde. Il y a deux femmes, deux clans bien distincts et être ami avec un clan signifie être ennemi de l’autre. Vous faites un choix. Première épouse ou seconde ? Les enfants se détestent et ils veulent tous reussir pour prouver que leur clan est le meilleur. On blâme le père polygame qui a échoué du fait de la division de sa famille.

Dans l’un ou dans l’autre des cas, l’amour familial au sens propre est une notion abstraite. Comment peut-on « aimer comme une soeur » une femme qui partage la couche de son homme? Comment les nuits où « ce n’est pas votre tour » vous pouvez acquiescer et digérer le fait de voir votre tendre moitié aller dans le lit d’une autre pour partager des moments et sensations euphoriques. Comment appréhender la venue d’un enfant issu de ces nuits où on vous a volé votre mari? Vous en tant qu’enfant, comment comprendre que papa aie fait d’autres gosses ailleurs ? Vous ne lui suffisiez pas avec vos frères? Pourquoi alors n’en avoir pas fait plus avec maman? Pourquoi absolument une autre femme? Qui vous consolait vous première femme, lorsque toute seule vous dormiez dans ce lit douloureusement vide?

La polygamie est quelque chose d’abject envers les femmes. C’est une pratique psychologiquement cruelle basée sur les folles envies d’un homme égoïste qui ne pense qu’à lui et à assouvir ses fantasmes les plus fous. Inexplicables. Comment Freud aurait psychanalysé  la polygamie? Je ne sais pas mais une chose reste sure, si on était en situation inverse, la société n’aurait pas acquiescé aussi vite. Une femme polygame? Scandaleux, honteux, quelle débauchée, une vraie dépravée, etc. Il ne manquerait plus que ça, et patati et patata… Tiens donc c’est moins amusant quand ce sont les hommes qui subissent? Mais la question est qui êtes-vous pour dicter ce qui est moralement admissible de ce qui ne l’est pas?

Mesdames, il est plus que temps de nous insurger et de nous libérer de ce joug machiste car bon gré, mal gré ce n’est définitivement pas les hommes qui le feront pour nous.


Coup de foudre à Conakry (2)

Crédit photo : Periel E.
Crédit photo : Periel E.

La sonnerie stridente du réveil la tira de son sommeil, il indiquait six heures trente. Elle avait encore le temps se dit-elle, elle ferma les yeux, prête à se rendormir quand son téléphone se mit à vibrer. Elle se leva, visiblement agacée.

_Décidément les cieux ne veulent plus que je me rendorme… dit-elle en observant l’écran de son téléphone, Hafsatou je le savais, maugréa-t-elle

_ Oui, dit-elle en décrochant…

_ Christine, ça y est tu es debout ? Tu n’oublies pas ton entretien d’aujourd’hui hein?

_Ne me dis pas que tu appelles pour me réveiller?

_On sait toutes les deux que tu es une championne du dodo alors bon….je prends les devants.

_Voyons Haf’, il n’est que six heures du matin c’est encore loin huit heures.

_Oui oui je n’en doute pas, mais il vaudrait peut-être mieux que tu te lèves tout de suite que tu enlèves cette nuisette et que tu commences à te préparer….Tu ne crois pas ? Je suis sûre que tu comptais te rendormir.

_Pas du tout, nia-t-elle en souriant.

_On va dire que je te crois, bon il faut que j’y aille le bébé n’arrête pas de pleurer. Bonne chance ma grande.

_OK. merci ma chérie, embrasse le bébé et Ousmane de ma part.

_Pas de problème. Et au faite ?

_Humm ? répondit négligemment Christine…

_Tu as intérêt à lui taper dans l’œil au bonhomme, fais lui tourner la tête, soit convaincante tu vois quoi?

_HAFSATOUU !

_Ben quoi? rétorqua l’intéressée l’air de rien.

_Tu es vraiment incorrigible! fit-elle dans un rire sonore, tu ne changeras donc jamais. D’accord mon commandant, reçu cinq sur cinq.

_Bisou.

Lorsqu’elle raccrocha Christine constata que cette fois, elle était vraiment réveillée. Franchement depuis neuf ans qu’elles se connaissaient, depuis le lycée, Hafsatou était toujours la même. Le mariage, l’âge ou la maternité ne l’avaient nullement assagie. Elle retomba dans ses souvenirs sans trop le vouloir. Quand elles étaient à l’IAE, Hafsatou n’avait pas hésité un seul instant à draguer le mec de la cafétéria pour organiser la grande soirée pour son anniversaire, ce qui se révéla être un succès. Lors de la fête, elle monta sur le comptoir et enleva son petit haut. Les garçons s’enflammèrent et la salle avec. Un streap-teaser était venu pour « mettre un peu de piment » d’après ses dires, comme si la fête n’était pas assez pimentée comme ça et c’avait été l’explosion. Ce qui lui valu le surnom de « Reine des Party ». Les anniversaires, les surprises, les excursions, les organisations des bals de fin d’année, tout passait par elle au bureau des élèves. Dés qu’elle n’était pas de la partie la moitié de l’école boudait la soirée en question. C’était vraiment super cette époque.

_Zut! Sept heures une minute!

Heureusement, se dit-elle, qu’elle avait préparé la tenue qu’elle devait mettre. Elle avait opté pour un tailleur, veste chemise et pantalon. Elle tira ses cheveux en arrière dans un coquet chignon qui lui donna instantanément un air professionnel. Ses cheveux étaient blonds sur certaines mèches et bruns sur d’autres. Pour cette raison,  on lui demandait très souvent si elle s’était faite une coloration. Christine s’habilla en sifflotant, elle était d’humeur joyeuse mais redoutait quelque peu ce rendez-vous avec Mr. Traoré. Elle savait son Curriculum Vitae prometteur mais elle avait une boule qui lui nouait le ventre. En arrivant dans la salle de séjour elle se demanda quelle paire chausser. Des chaussures à talons bien évidemment mais lesquelles? Christine alluma la télévision à écran plat qu’elle avait rapporté de Paris, France24 diffusait un journal télévisé. Il fut une période où elle voulait être journaliste elle aussi, mais elle avait très vite abandonné l’idée, trop attirée par le sens des affaires.

Finalement, elle opta pour des escarpins blancs assortis à sa tenue, elle avait tout son temps, se dit-elle donc elle petit-déjeuna calmement en regardant les images défiler. Il fallait vraiment maintenant qu’elle cherche une femme à tout faire parce qu’elle n’aurait plus assez de temps pour entretenir la maison, si toutefois elle arrivait à décrocher le poste de coordinatrice de projets se rappela-t-elle. Un coup d’œil jeté à la pendule lui rappela qu’il serait bientôt huit heures.

Elle décida de partir maintenant, connaissant les embouteillages monstres qu’elle trouverait assurément sur la route. Elle prit son sac sur le pouf, éteignit la télévision puis tourna la serrure.

Elle descendit les escaliers un peu précipitamment  manquant une marche, elle faillit s’écrouler sur le sol carrelé. Elle marqua une pause, haletante,  elle devait absolument se calmer avant cet entretien. Arrivée au parking, elle entra dans sa voiture, un petit 4×4 tout terrain.

Il était huit heures dix lorsqu’elle pénétra dans l’enceinte de Global Alumina. Elle ne perdit pas de temps en contemplation, déjà trop habituée aux grandes vitrines, au design épuré des grandes boîtes. En revanche elle perçut une certaine sérénité qui lui plut dans cette atmosphère. Atteignant la réception, elle entreprit de se présenter :

_Bonjour, Christine Dia j’ai rendez-vous avec Mr Traoré  et en vérifiant son bracelet-montre Dior, à huit heures quinze.

_ Christine  Dia c’est ça ? Asseyez-vous je vais annoncer au Directeur général que vous êtes arrivée, dit-elle en  désignant du bras la salle d entente…

Christine suffoqua, il devait y avoir erreur. Elle pensait qu’elle aurait affaire au chargé des ressources humaines la personne qui s’occupait des embauches pas au Directeur lui-même. Mon dieu qu’allait-elle faire ? Elle ne s’était pas préparée à voir le boss.

_Excusez-moi, je n’ai pas rendez-vous avec le Directeur général mais avec Mr. Traoré, je crains qu’il n’y est incompréhension.

_ Eh bien il s’agit de la même et unique personne ici en tout cas, lança la secrétaire le regard hostile.

Désemparée, elle n’insista plus.

_Très bien, merci.

Prenant place dans la salle d’attente,  elle prit fébrilement  un des magazines qui se trouvaient sur la table basse et commença à le feuilleter. Bientôt  le magazine reprit sa place initiale. Il lui était impossible de se concentrer. C’était comme ça à chaque fois qu’elle avait un entretien pour une embauche mais alors là c’était deux fois pire. Elle sentit son téléphone vibrer dans son sac, intriguée par le numéro  masqué elle se demanda qui cela pouvait bien être :

_Allo? Christine Dia à l’appareil.

_Cristhy? C’est toi? Comment vas-tu?

Elle n’en revenait tout simplement pas c’était son frère Habib, lui qui n’appelait presque jamais.

_Habib? C’est vraiment toi?

_Eh oui ma chérie, alors on a oublié qu’on a un frère  ?

_Mais pas du tout fil-elle en riant, au contraire c’est toi… Je vais très bien et toi? Dans quel coin es-tu caché encore? Tunis? Tripoli? Alger? Ou est-ce un bled tellement paumé qu’il n’a pas de nom cette fois? Le taquina-t-elle les yeux brillants de joie.

_Oh je suis actuellement à Marrakech il y a une fouille archéologique ici qui a débuté il y a environ quatre jours. T’imagines Cristhy? C’est fou ce qu’on a déjà découvert depuis le début, c’est tout bonnement fantastique.

Christine reconnaissait bien son frère. Depuis la maternelle Habib était obsédé par les civilisations nord africaines. A l’université il s’était spécialisé en histoire et était devenu  professeur d’histoire dans une université de la place. C’était sans compter  sa nature aventurière et son goût pour le risque. Alors du jour au lendemain il avait rendu sa démission et fait ses bagages. Avec ses économies, il avait commencé à parcourir l’Afrique du Nord. Elle se rappelle de la tête que faisait son père lorsqu’Habib lui avait annoncé sa décision. Son père était très déçu car secrètement il nourrissait l’espoir  que son fils continue à développer la société qu’il avait créée à côté de ses activités à l’ambassade. Une vive dispute éclata puis finalement Habib promit à son père qu’il reviendrait continuer les affaires lorsque celui-ci commencera à sentir l’effet de la vieillesse . Dès lors, Habib avait commencé son aventure ne conservant jamais un même numéro de téléphone plus d’une semaine. Christine était fatiguée de tout le temps supprimer et réenregistrer de nouveaux numéros donc il avait été convenu que c’est lui qui appelerait à chaque fois qu’il changeait d’adresse. Il appelait rarement, parfois vivant dans un coin de l’Afrique complètement coupé du monde, dépourvu de téléphone à plus forte raison d’internet.

_Oh ça m’a l’air très intéressant tout ça, alors que me vaut l’honneur de cet appel depuis le temps où tu fais le mort…

_Cristhy, dit-il d’une manière lasse, comme s’ils en avaient parlé des milliers de fois, tu sais bien que je ne suis pas à un endroit fixe. C’est uniquement pour cela que je ne peux te téléphoner plus fréquemment. Je t’appelle pour te souhaiter bonne chance, maman m’a dit que tu avais un entretien ce matin?

Christine entendit son nom, tournant la tête elle vit la réceptionniste lui faire signe.

_Mademoiselle Dia? Mr  Traoré est apte à vous recevoir, troisième étage deuxième porte  à gauche.

_ Merci.

Elle se leva et se dirigea vers l’ascenseur.

_Oui Habib, je t’entends bien. Oui en effet je vais à mon rendez-vous là, je suis obligée de raccrocher.

_…

_Oui  tu me rappelleras. Merci et je t’embrasse.

L’ascenseur la mena à bon port et Christine trouva la porte du bureau sans grande difficulté. L’appel de son frère l’avait beaucoup aidée, elle était beaucoup plus détendue. Il y avait écrit en petites lettres capitales sur une plaque métallique dorée et rectangle : Ibrahim Traoré, Directeur général Global Alumina Group.

Elle inspira un grand coup et ouvrit la porte, la brise glacée de la climatisation lui fouetta le visage. Christine reporta son attention sur la salle, elle était décorée avec un dosage certain. Il y avait deux tableaux accrochés sur le mur, l’un d’eux représentait  une femme africaine les seins nus et clairs qui portait une calebasse en équilibre sur la tête. Le plancher  était d’une propreté surprenante. Elle aurait pu s’y mirer. Christine regarda enfin le locataire de ce bureau, elle n’en revenait pas. Elle cligna des yeux encore mais c’était bien lui, le jeune homme de la plage. Comment était-ce possible?

De  son côté Ibrahim Traoré l’observa, mais il avait déjà vu ce visage! Oui, il en était certain mais où? Merde se dit-il! Où est ce que je l’ai vue? Mais oui exactement, c’était ce week-end même, le dimanche. C’était la fille de la plage, celle à qui il avait parlé…

_Vous? vous êtes Mlle Dia? Demanda-t-il.

_ Euh…Oui c’est bien moi, répondit Christine un peu déroutée par les événements.

_Alors là, je n’arrive tout simplement pas y croire, la vie nous en fait des surprises, Mlle chocolat tout noir dans mon bureau! enchaîna-t-il dans un sourire ravageur.

Christine éclata d’un rire franc.

_Ainsi donc, ce serait toi qu’Amadou m’aurait recommandé?

Elle marqua une pause. Pour qui se prenait-il pour la tutoyer ? Elle ne se rappelait  pas lui avoir permis de le faire .

_Oui, c’est bien moi qu’on vous a recommandé, dit-elle d’un trait sans se départir de son calme. Elle essayait de ne pas bégayer.

Christine était la pour du travail et ne permettrait aucune familiarité. Elle était ici pour un but précis alors qu’on y aille au fait, se dit-elle. Comme il ne se décidait pas à se lancer dans l’entretien d’embauche, Christine entreprit de commencer elle-même, elle ne supportait plus ces yeux qui la transperçaient.

_ Euh… commença-t-elle doucement, Amadou m’a dit qu’il vous avait remis mon dossier jeudi, j’imagine que vous avez eu le temps de l’étudier.

Ibrahim l’observa. Elle était courageuse, elle avait l’air d’une petite chatte prête a bondir si on l’agressait. Ses lèvres alors se fendirent dans un sourire, elle n’avait donc pas apprécier le tutoiement? Qu’a cela ne tienne il continuerait le vouvoiement. D’habitude quand de jeunes gens venaient chercher du travail c’était lui qui les intimidait et leur anxiété irradiait de tous leurs pores. Mais cette fois c’était différent, c’était elle-même qui commençait l’interrogatoire.

De son côté Christine se demanda la raison de ce sourire qui ne quittait plus son visage, elle n’avait pourtant rien dit de drôle à ce qu’elle sache.

_ Oui, d’habitude c’est le responsable des ressources humaines qui s’occupe de tous les recrutements mais comme votre cousin me l’a vivement demandé je me suis senti obligé de personnellement m’occuper de votre cas, expliqua-t-il avec un regard appuyé.

Christine eut l’impression que cette phrase voulait signifier autre chose. Le faisait-il exprès pour la déstabiliser ?

_ Pour en venir au fait oui tout à fait, je l’ai étudié et je reconnais que je suis plutôt admiratif si je comprends bien vous parlez au total quatre langues? Avez fait votre cursus universitaire à l’IAE de Paris ?

_Oui, repondit elle en essayant de garder son sang froid.

Ibrahim s’enquit de ses expériences professionelles passées et Cristhine les détailla tour à tour. Les questions d’Ibrahim étaient pertinentes mais elle s’éfforcait de rester concentrée.

_Et bien c’est parfait, parce que vous êtes une cousine à mon très bon ami et seulement pour cela on va vous accorder  une période durant laquelle on  va vous tester. Une période d’essai si vous préférez et si vos compétences sont à la hauteur de vos diplômes je vous engage. Sommes-nous d’accord?

_ Parfaitement. Christine exultait à l’intérieur d’elle même, enfin on lui donnait l’occasion de faire ses preuves.

_ Côté installation, on disposera pour vous un bureau attenant à celui de la coordinatrice de projets actuelle, pour que vous soyiez au courant de tous les dossiers. En espérant ainsi que vous serez rapidement à jour.

_Je le serai. Affirma-t-elle sans se laisser démonter.

_Avez-vous d’autres questions ?

_Non pas vraiment, peut-être  une seule, pourquoi devez-vous vous séparer de la coordinatrice actuelle ?

_Parce qu’elle sera bientôt à la retraite.

_Ah!… fit elle en le fixant. Quand puis-je commencer?

_ Donnez-moi le temps de m’occuper de tout ça et soyez là demain matin à sept heures et demi.

_Très bien merci.

Christine s’apprêtait  à se lever quand il l’arrêta :

_Un instant ?

_Oui?

La sonnerie du téléphone retentit.

_Une seconde, dit-il en décrochant. Allo, oui Fatim? Ah non je n’ai vraiment pas le temps là, que veut-elle?

_…

_Bien faites la entrer, je vais m’en charger moi-même, merci.

_Alors je disais reprit-il, je tenais à vous préciser que les idylles entres collègues ne sont pas permises au sein de l’établissement.

_Pardon ?

Elle n’avait pas rêvé. Eh bien si c’était une insulte elle ne se laissera pas faire.

_Sauf votre respect Mr Traoré, sachez que la dernière chose que je ferai serait de sortir avec ces cadres qui se prennent pour des personnes intéressantes et trop au sérieux alors qu’en faite tout leur travail à longueur de journée se résume à  jouer les gigolos à travers la ville.

Voici de quoi rabattre son caquet, jubila-t-elle intérieurement. Mais dès que ces mots franchirent ses lèvres elle les regretta. Elle était peut-être allée un peu trop loin. Mr Traoré la fusilla du regard, les sourcils froncés et le front plissé. Il semblait  furieux et elle se dit que ç’en était fini de sa carrière encore que ce n’en était même pas une. Voilà à cause de sa langue bien trop pendue, il allait la prendre pour une effrontée et elle n’aurait plus de période d’essai ! Elle baissa les yeux et son visage vira au rouge.

Ibrahim éclata de rire. Décidément avec celle-ci, il aurait du fil à retordre. Christine releva la tête et l’observa.

Dieu merci il ne l’avait finalement pas si mal pris…


Coup de foudre à Conakry (1)

Minière Plage
Minière Plage

Il était environ dix sept heures, le soleil n’était plus à son zénith. Christine Dia était étendue de tout son long sur une natte qu’elle avait étalée  à même le sable. Son corps svelte et métissé était couché, une jambe repliée faisant apparaitre son beau ventre plat et ses jambes galbées. Son bikini aux couleurs chatoyantes soulignait incroyablement ses formes malgré le foulard qu’elle avait attaché aux reins. Elle se savait belle mais ne considérait pas cette beauté comme un atout. Quand ses amies restaient bouche bée à la piscine devant son corps et lui redisaient encore et encore combien de fois elle était jolie, la jeune femme éclatait de rire en affirmant qu’elle ne servait pas à grand chose cette « beauté », elle ne lui apportait rien ou pas tout en tout cas, d’être l’objet de convoitise à longueur de journée oui, mais pas l’assurance d’être aimée. Ayant passé presque toute son adolescence à voyager au gré des mutations de son père Christine parlait couramment de nombreuses langues dont le russe. Son père toucouleur s’était marié avec la française futée qu’était sa mère et qui avait fait un scandale immense pour faire renouveler son visa à l’ambassade de Malaysie, son métissage était vraiment réussi aussi bien physiquement que moralement.

Christine soupira, elle avait passé une excellente journée. D’ailleurs, c’était le cas tous les dimanches. Elle y venait hebdomadairement pour évacuer le stress accumulé pendant la semaine, pour bronzer sa peau qui après toutes ces années en France était devenue laiteuse. Elle adorait profiter de la nature, mais aussi regarder les garçons qui venaient ici expressément pour faire leur footing. Christine regardait leurs muscles sayants se tordre sous l’effort. La jeune femme ne se lassait jamais du spectacle.

Elle s’étonna de voir le soleil encore ardent malgré l’heure avancée. C’était vraiment incroyable, se dit-elle. Preuve que le réchauffement climatique était bien amorcé. Minière était vraiment magnifique aussi bien le quartier que sa plage.
Elle sentit un regard pesé sur elle et se retourna. Cet homme là-bas la regardait d’une manière vraiment effrontée, ce qui la mit aussitôt mal à l’aise. Elle décida de ramasser ses affaires, elle ne voulait plus s’attarder car la plage était aussi l’endroit favori des fumeurs de joints et de malades mentaux. Et voila qu’ il approchait maintenant en se dirigeant vers elle, au fur et à mésure qu’il avançait elle se rendait compte qu’il était tout le contraire de ce qu’elle avait cru voir, il était plutôt séduisant et ses yeux marrons étaient profondément expressifs. Il attendit d’être à sa hauteur pour engager la parole:
_ Salut, dit-il d’un ton dégagé.
_ Salut, répondit-elle en levant la tête avec méfiance..
_ Je voulais vous dire,… je sais que vous êtes venue pour bronzer, mais je vous jure que si vous passez encore cinq minutes sous ce soleil qui plus est, est de mars vous deviendrez du chocolat tout noir.
Son regard avait quelque chose de magnétique…
Christine pouffa de rire en guise de réponse et l’inconnu tourna les talons s’en allant comme il était venu, comme si son but en venant vers elle n’avait été que de la faire sourire. Christine
fixa son dos et lui imagina une vie, c’était surement le genre bon boulot, bon compte en banque, une copine dans chaque quartier de la capitale…, se dit-elle en souriant.
Elle sortit de sa rêverie en voyant la plage presque vide. Prestement, Christine ramassa ses affaires et se dirigea vers sa voiture qui était garée sur le bas-côté de la route qui surplombait la plage.
Elle démarra et roulait calmement sur l’asphalte nouvellement refaite. Aujourd’hui Hafsatou et le reste de la bande ne la feraient certainement pas sortir. Elle refuserait en bloc et ne se laissera pas fléchir par les mimiques et les bouderies de son amie, se jura-t-elle. Le crépuscule était déjà là. Fortement surprise par tout le temps qu’elle avait passé à Saïfon, elle n’entendit pas tout de suite son téléphone sonner. La radio diffusait une chanson qu’elle aimait bien . La plage n’était pas si loin de chez elle et c’est ce qui l’avait frappé en premier quand elle était venue louer cet appartement paisible avec des voisins chaleureux dans un quartier sans encombres. Tous les ingrédients pour débuter une nouvelle vie y étaient présents et le tout était à un prix plutôt raisonnable, alors elle sauta sur l’occasion. Elle s’était chargée elle même de la déco’. L’appartement n’était pas si exigu que cela : il comportait deux chambres, une salle d’eau, une cuisine suivie de la salle de séjour. Cela lui suffisait amplement car elle n’avait pas besoin de beaucoup de place.
Elle tourna la tête pour saluer Mme Barry sa voisine et vit son téléphone clignoter.
_Oui , allô? Fit-elle de sa voix cristalline
_Christy?
_Oui maman, comment vas-tu?
_Voyons, ça fait une heure que je t’appelle et que tu ne réponds pas.
_Désolée, il y avait de la musique je ne pouvais pas entendre le téléphone sonner. Excuse-moi. Comment ça va? Papa est-il allé voir le cardiologue ? J’espère qu’il continue les exercices prescrits? Le suis-tu bien maman?
_Une question à la fois Cristhine! Pour commencer ça va comme ci comme ça, je suis un peu tendue avec tout le boulot que ton père me fait faire, alors oui il est allé voir le cardiologue mais au prix de mille efforts que j ai dû fournir. Il ne cesse de repéter qu’il va très bien, et à l’ambassade il se tue a la tâche. J’ai beau lui dire de ne pas travailler comme ça à son âge avec toutes ses crampes qui sont devenues régulières et qu’il devrait prendre la retraite anticipée, il l’a pris comme une insulte et me fait la tête. Je suis au bord de la crise de nerfs Christy, je n’en peux plus je fais de mon mieux pour le suivre mais ce n’est pas du tout facile.
_Allons maman, fit-elle avec toute la tendresse dont elle était capable, s’il te plait encore quelques efforts je sais qu’il est devenu très grincheux avec la vieillesse. Tu dois le comprendre, tiens et si vous voyagiez un peu? Allez en France ou venez ici même pour quelques semaines. Changer te ferait beaucoup de bien, en parle lui et pensez-y d’accord?
_C’ est une idée. J’essaierai de le convaincre.  Sinon comment avancent les choses pour toi ? As-tu trouvé du travail?
_ Non pas encore, enfin Amadou Ly m’a recommandé à quelqu’un du groupe Global Alumina.  J’ai mon entretien demain matin à huit heures quinze.
_ Ah oui? C’est gentil de sa part. Eh bien, bonne chance alors ma chérie. Je te laisse, je dois y retourner. Il me faut voir quelque chose avec le jardinier qui vient d’arriver, dit-elle en raccrochant.
Christine savait que sa mère lui avait souhaité bonne chance uniquement pour la forme car depuis la fin de ses études supérieures à l’IAE de Paris et son diplôme en poche, son père et elle voulaient qu’elle exerce dans l’entreprise de leur ami Jean Paul Bouchardeau en région parisienne. Son père avait failli s’étrangler à table le jour où elle avait annoncé qu’elle allait postuler et essayer de trouver du travail comme tout le monde sans son aide en Sierre-leone. Mr Dia avait refusé de façon catégorique et avait clamé haut et fort qu’elle était une jeune femme immature et irresponsable et qu’il était hors de question qu’elle aille et vive seule dans un pays qu’elle ne connaissait pas et qui plus est, était en guerre.

_Tu sais très bien que la guerre y est finie papa, les investisseurs reviennent petit à petit et….

_Peu importe, avait-il fulminé la coupant net les yeux exhorbitants de colère. Sa mère lui avait fait signe de se taire pour ne pas envenimer la situation.

Toute sa famille et même son proviseur sur qui elle comptait pour convaincre ses parents l’en avaient dissuadée. Elle avait finalement laissé tomber la Sierra-Léone et avait opté pour la Guinée. Son père n’avait rien trouvé à redire ne trouvant plus d’arguments. Mais il lui avait quand même expliqué qu’il était extrêmement difficile de trouver du travail à Conakry et que les jeunes universitaires qui y résidaient avaient eux-même d’énormes difficultés à trouver un emploi. Et à en croire son expérience, elle reviendrait en France supplier Jean Paul de l’embaucher. Le lendemain elle avait fait ses valises bien décidée à relever ce défi. Il était bien entendu hors de question qu’elle revienne chercher du travail en France.
Cristhine gara sa voiture au parking à deux pas de chez elle. La nuit était complètement tombée à présent. Sur son lit, elle repensa à son rendez-vous de demain. « Plaise à Dieu que j’obtienne ce poste, j’ai tellement souffert » pria-t-elle intérieurement. Cristhine ferma les yeux, et à ce moment elle se rendit compte de toute sa fatigue. Elle repensa à cet inconnu, il était plutôt charmant avec ses cheveux mi-longs attachés en queue-de-cheval. Il y avait autre chose chez cet homme qui l’intriguait vraiment, sans qu’elle n’arrive à déterminer ce qu’était-ce. Mais il fallait reconnaître qu’il avait une carrure vraiment impressionante et pour finir sa blague était vraiment fondée. Elle l’avait constaté en prenant sa douche, elle avait vu des tâches douloureuses de rougeur sur son corps. Elle n’avait pas appliqué de créme solaire et s’en mordait les doigts maintenant. Elle se surprit à tant penser au jeune homme qu’elle se sermonna:

_Tu deviens folle ma petite, tu ne le reverras sûrement plus alors du calme et arrête de rêver.

Quelque chose en elle était pourtant persuadé du contraire et ce fut sourire aux lèvres qu’elle tomba dans les bras de Morphée…