Polygamie, belle ennemie, comme je te hais!

Marcanda (Fête de mariage polygame). Crédit Photo: Gustave Deghilage

Marcanda (Fête de mariage polygame). Crédit Photo: Gustave Deghilage (flickr.com)

C’est fou le nombre de choses que la société demande à la gent féminine, surtout en Afrique : « soyez respectueuses, ayez une bonne éducation, respectez les grandes personnes, sachez cuisiner, restez à l’écoute de vos familles, soyez une bonne ménagère et une bonne épouse demain pour votre tendre et cher » mais par dessus tout, l’ultime attente : « acceptez de partager votre mari et faites le de bonne foi en plaquant un sourire étincelant sur vos lèvres. »

Je ne suis pas une féministe dans l’âme. Je le disais encore à un ami il y a quelques jours, moi les hommes et tout le champ lexical qui entoure ce mot, je ne suis pas contre. J’en suis d’ailleurs une grande amoureuse et les FEMEN c’est loin d’être mon kiff coup de cœur. (Je trouve qu’elles représentent très mal ce noble mouvement qu’est le féminisme, les canaux de communication qu’elles utilisent ne sont comprises que d’elles, mais laissons là ce débat, c’est une toute autre histoire). La problématique que soulève ce billet est ailleurs.

Je le dis pour les gens qui en lisant ces quelques lignes vont tout de suite avoir comme préjugé : voici une autre pseudo-féministe émancipée pro-mariage gay, qui va nous rabattre les oreilles avec les droits des femmes, la polygamie et tout le tralala. Une petite négresse sortie tout droit de l’école « des blancs » et qui se croit maintenant l’esprit assez progressiste pour remettre en question ses valeurs et sa culture. J’ai déjà eu droit à des phrases comme cela. 🙂

Je ne suis pas une féministe mais vous n’aurez peut-être tout à fait pas tord en affirmant ça. Je suis pour la liberté des homosexuels, pour le droit à l’IVG pour celles qui le veulent, le droit de vote des femmes, un salaire équitable entre hommes et femmes, etc. Mais vous savez aujourd’hui on n’a pas besoin d’être féministe pour revendiquer ça. J’estime en tout cas que ce sont les aspirations basiques d’une jeune fille du 21ème siècle en phase avec son époque. Mais ne nous égarons pas. La société en demande tant aux femmes mais que fait-elle en retour pour elle? Pour son épanouissement et son indépendance ? Pas grand chose vous en conviendrez…

Lorsqu’on la prend comme seconde épouse (parfois troisième ou quatrième), les vieux sages qui se sont occupés de la cérémonie de mariage lui disent en guise de « conseils » de nouvelle mariée : « tu es maintenant dans ton foyer, respecte ton mari et épaule le dans les moments difficiles mais n’oublie pas que tu as trouvé une autre ici. C’est ta grande sœur et non ta coépouse. Ecoute et respecte la. Soyez unies et votre mari sera content de vous ». Comme si le but ultime de sa naissance n’était que de contenter un homme. Le couple est censé être l’endroit de satisfaction et de contentement des deux parties non ?. À la malchanceuse première femme on dit : « ce n’est pas parce que ton mari ne t’aime pas qu’il t’a octroyé une « sœur » au contraire c’est parce qu’il t’aime qu’il t’apporte une seconde femme qui va t’aider à t’occuper de lui ». Foutaises.

Une chose est sûre, en langue de bois, ces roseaux d’un autre âge à la charpente courbée sont passés maître dans l’art. Il ne me semble pas que la première épouse aie dit à un moment de sa vie qu’elle était épuisée par son propre foyer et qu’elle voulait de « l’aide » pour s’occuper de son mari. Quand bien même ç’aurait été le cas, une aide-ménagère aurait tout de même été plus approprié non? Et pour terminer en beauté, on dit à l’heureux élu propriétaire d’un harem « Sois équitable entre elles, n’aie pas de préférence, si tu offres un pagne à l’une, fais-en de même pour l’autre ». Ah, parce que avoir une préférence ou non c’est quelque chose qui se décrète maintenant…

En général la seconde épouse ayant encore l’attrait de la nouveauté attire le marié qui n’a qu’une idée en tête, expédier le plus rapidement possible les nuits de la première que l’on appelle communément « tour » pour aller rejoindre sa tendre et jeune gazelle qui se languit de lui. Bientôt les hostilités commencent. On ne peut s’empêcher d’avoir un préféré, lorsqu’on a beaucoup de jouets on a son favori, lorsqu’on a beaucoup d’amis on a son meilleur ami, ainsi de suite. C’est dans la nature humaine même, on y peut rien. Et le nier serait un mensonge inutile.

Avoir une, deux, trois,… femmes revient pour moi à quantifier la femme, à la métamorphoser en « bien », « chose ». De la même façon qu’on peut avoir plusieurs voitures, on a plusieurs de ces objets-femmes. Et qu’on ne me balance surtout pas le sempiternel prétexte : » il faut que certains hommes épousent plusieurs femmes parce que sur terre il y a plus de femmes que d’hommes, autrement il y en a qui ne seront jamais mariées ». Mon oeil! Comme on est reconnaissante pour la sollicitude dont vous faites preuve à notre égard, vous êtes ma foi de parfaits gentlemen. Certains, plus rusés utilisent la religion : « l’islam le permet et le recommande même ».

D’accord il le permet, mais il recommande également de faire nombre de choses que vous ne faites pas, allez savoir pourquoi. Faire ses cinq prières, aller au Hadj, ne pas boire d’alcool, pas de fornication avant le mariage, etc. Mais comme par hasard la plupart de ces défendeurs de l’islam (d’occasion) sont amnésiques sur les recommandations restrictives. Auriez-vous une mémoire sélective messieurs ?

Mettons de côté l’hypocrisie de ces « explications » et intéressons nous à quelques facettes voulez-vous ? À quand remontent les derniers sondages qui affirment vos propos? Non parce que j’aimerais avoir des statistiques récentes dans un rapport bouclé à la manière de l’INSEE sur la quantité de femmes et d’hommes sur terre et qu’on m’explique ce rapport au mariage. Les premiers, que dis-je, les uniques bénéficiaires de ce système patriarcal sont les hommes et on s’étonne qu’ils veuillent nous entuber avec ces arguments superflus.

Mis à part l’image donnée à la femme avec ces us, dans les familles polygames les relations ne sont JAMAIS au beau fixe. On a deux types de familles polygames :

1-Celles qui donnent l’impression que tout va bien de l’extérieur alors que dedans c’est un arsenal de coups bas, de pratiques peu scrupuleuses et de haine masquée par de grands sourires. Les deux femmes se parlent, échangent, font mine de se respecter et de s’apprécier en public. Les enfants font de même, ils évoluent ensemble tout en gardant à l’esprit pour chacun qui est son « vrai » frère de qui est son demi-frère. On félicite souvent le chef de famille dans ce cas-ci parce qu’on estime qu’il a « réussi » sa polygamie. Ben oui quoi tout le monde « s’adore », les divergences, frustrations et mésententes sont enfouies au fond des cœurs. Vous vous les gardez au fond de vous, personne n’a envie de savoir un point c’est tout.

2-Celles dont les rapports sont grandement détériorés. Tout le quartier le sait, on les entend se disputer à des kilomètres à la ronde. Il y a deux femmes, deux clans bien distincts et être ami avec un clan signifie être ennemi de l’autre. Vous faites un choix. Première épouse ou seconde ? Les enfants se détestent et ils veulent tous reussir pour prouver que leur clan est le meilleur. On blâme le père polygame qui a échoué du fait de la division de sa famille.

Dans l’un ou dans l’autre des cas, l’amour familial au sens propre est une notion abstraite. Comment peut-on « aimer comme une soeur » une femme qui partage la couche de son homme? Comment les nuits où « ce n’est pas votre tour » vous pouvez acquiescer et digérer le fait de voir votre tendre moitié aller dans le lit d’une autre pour partager des moments et sensations euphoriques. Comment appréhender la venue d’un enfant issu de ces nuits où on vous a volé votre mari? Vous en tant qu’enfant, comment comprendre que papa aie fait d’autres gosses ailleurs ? Vous ne lui suffisiez pas avec vos frères? Pourquoi alors n’en avoir pas fait plus avec maman? Pourquoi absolument une autre femme? Qui vous consolait vous première femme, lorsque toute seule vous dormiez dans ce lit douloureusement vide?

La polygamie est quelque chose d’abject envers les femmes. C’est une pratique psychologiquement cruelle basée sur les folles envies d’un homme égoïste qui ne pense qu’à lui et à assouvir ses fantasmes les plus fous. Inexplicables. Comment Freud aurait psychanalysé  la polygamie? Je ne sais pas mais une chose reste sure, si on était en situation inverse, la société n’aurait pas acquiescé aussi vite. Une femme polygame? Scandaleux, honteux, quelle débauchée, une vraie dépravée, etc. Il ne manquerait plus que ça, et patati et patata… Tiens donc c’est moins amusant quand ce sont les hommes qui subissent? Mais la question est qui êtes-vous pour dicter ce qui est moralement admissible de ce qui ne l’est pas?

Mesdames, il est plus que temps de nous insurger et de nous libérer de ce joug machiste car bon gré, mal gré ce n’est définitivement pas les hommes qui le feront pour nous.

5 Commentaires

  1. « À la malchanceuse première femme on lui dit : « ce n’est pas parce que ton mari ne t’aime pas qu’il t’a octroyé une « petite soeur » au contraire c’est parce qu’il t’aime qu’il t’apporte une seconde femme qui va t’aider à t’occuper de lui. Foutaises. », c’est vite dit, je trouve. Un apriorisme qui ne tient pas compte de l’identité culturelle de certains groupes ethniques ou religieux. De plus, de nombreuses études en anthropologie culturelle ont montré que certaines sociétés sont volontairement matriarcale et aussi que la polyandrie y est la règle…
    Brillant article qui ouvre un grand débat, même si l’opinion de l’auteur est tout tranchée… mais c’est ça aussi bloguer… 🙂

  2. D’accord mais là je parle des sociétés patriarcales et plus spécialement celles Africaines. Celles matriarcales sont de facto donc, pas concernées. Quand tu dis que c’est vite dit? Tu sous-entends quoi? Je ne fais que répeter les prétextes qu’on sert à la première femme sur un plateau. Donc bon…
    Pour revenir à ces groupes réligieux et ethniques qui revendiquent la polygamie et qui y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux, j’aimerais qu’on m’explique pourquoi ils appliqueraient à la lettre ce que la réligion dit sur la polygamie et pas le reste des recommandations. On est musulman (ou autre) à part entière ou on ne l’est pas du moins je crois. Je trouve hypocrite d’accepter les diktats réligieux quand ça nous arrange et de les rejeter ou minimiser quand ça fait pas notre affaire. Cela dit, ce n’est bien entendu QUE mon avis.
    Et Oui comme tu dis, c’est ça bloguer.
    Merci d’être passé ici.

  3. Peu d’hommes peuvent se mettre à la place de ces femmes qu’ils mettent dans leurs maisons. Il est en effet très difficile de partager quelqu’un à qui on tient. Et comme tu m’as relevé les arguments des pro-polygamie ne peuvent convaincre qu’eux-mêmes.
    Cependant, il faut souligner que les femmes elles-mêmes ont leur part de responsabilité dans cette histoire. Combien de belles-mères forcent leurs fils à prendre une deuxième épouse parce que la première n’accouche pas ou alors n’accouche que des filles? Combien de femmes se révoltent quand leurs époux décident de prendre d’autres femmes? Combien refusent d’être les niemes femmes de vieux croulants? Les femmes sont dans la plupart des cas des complices, ou au moins des victimes résignées.

    1. Je suis entièrement d’avis avec toi. D’ailleurs dans la plupart des misères que vivent les femmes, ce sont les femmes elles mêmes qui en sont complices. C’est prouvé. Lors de l’excision ce sont les femmes même qui tiennent de force les petites. Dans ces sociétés Lorsqu’une femme est veuve, c’est le jeune frère du défunt mari qui « hérite » de la femme. Comme si c’était une bicyclette que son grand frère lui avait laissé et dont son tour était egalement venu de conduire. On chosifie la femme aux yeux d’une société consentante. Les femmes sont les premières à le faire , elles se sentent en marge si elles ne rentrent pas dans les rangs. C’est pour ça que ma dernière phrase est une invitation au soulèvement et au changement de mentalités. Les croyances ont la peau dureee! Depuis leur tendre enfance on leur a appris que c’est ça la normalité, on a appris à leur mère, à la mère de leur mère, qu’être soumise c’est normal. Qu’être seconde femme c’est amer mais qu’il faut l’accepter, c’est ça que je trouve tellement dommage parce qu’aujourd’hui elles y croient et elles revendiquent ça au nom d’une culture. J’avais un professeur au lycée qui avait l’habitude de me dire que les textes réligieux avaient été imprimés par des hommes. Et qu’il était normal que les lois qu on y trouve soient défavorables aux femmes. Les hommes auraient tout fait pour qu’ils soient « prioritaires » et donc gagnants. Pour culpabiliser les femmes qui ne se plient pas à leurs envies on leur sert: « Tu ne fais pas ce qui est dit par Allah ». Je ne dis pas que ce qu’il dit est vrai. Je ne sais pas s’il blasphème mais une chose est sure, l’époque à laquelle le coran nous a été révélé correspond à une époque bien differente de celle-ci par rapport à la position de la femme dans la société. Et je pense que plus on avancera plus il sera difficile de faire avaler des pratiques comme la polygamie ou le sororat aux jeunes filles qui seront de plus en plus émancipées, indépendantes et instruites. Il faudra bien plus que l’argument réligieux asséné par des pêcheurs en masse.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *