Nappy is the New Punk ou le retour à l’Afro !

Afro. Crédit Photo : April Spreeman

Afro. Crédit Photo : April Spreeman

De plus en plus de femmes noires revendiquent leur afro. Plus qu’un phénomène de mode, c’est un vrai retour aux sources qui s’opère aujourd’hui sous nos yeux. C’est comme si elles s’étaient passé le mot. De Cotonou à Abidjan en passant par Berlin, Zurich, Philadelphie, Moncton ou Grenoble, c’est la même histoire, le même flow.

Subitement, les noires (celles de la diaspora africaine et afro-américaine en particulier) se souviennent qu’elles ont les cheveux crépus et frisés.  Personnellement j’ai remarqué que le « retour au naturel » prenait de l’ampleur il y a trois ans environ. Sur les comptes Instagram notamment, les jeunes femmes blacks sont déchaînées et exhibent fièrement leur Afro, gouffa ou Nappy (peu importe comme vous l’appelez où vous habitez). Elles ont ceci en commun qu’elles ne veulent absolument plus défriser leurs cheveux à l’aide de produits souvent décapants, dangereux pour le cuir chevelu à long terme et très chimiques. Les extensions ? Persona Non Grata ! On ne veut pas en entendre parler.

Pendant longtemps lorsqu’on le leur reprochait, les filles noires ont justifié leur utilisation de cheveux synthétiques et Human Hair par les « caractéristiques typiques » du cheveu africain : à savoir rebelle, difficile à coiffer, chronophage en matière d’entretien, etc. Cet argument, ces jeunes femmes adeptes de la mode afro le piétinent et le tournent en dérision. Pour Mariétou, une jeune malienne étudiante à l’université de Nice Sophia Antipolis qui porte le sien depuis deux ans, c’est tout simplement : « N’importe quoi. Ce n’est pas plus difficile à coiffer le matin qu’un tissage qui s’est emmêlé la nuit pendant qu’on dormait et qu’il faut maintenant brosser longuement ». Eh oui mesdemoiselles, va falloir trouver autre chose on dirait.

Derrière cette pratique une question d’ordre culturel et identitaire, les Nappy Girls vont jusqu’à interpeller leurs sœurs adeptes de tissages et de collages d’extensions : « Pourquoi continuez-vous à porter des cheveux qui ne sont pas les vôtres, vous n’êtes donc pas fières de ce que vous êtes? Pourquoi imitez-vous les coiffures des caucasiennes, vous reniez ce que vous êtes alors que vous ne serez jamais l’autre« . Autant vous dire que le débat s’échauffe avec de l’autre côté les blacks pro-extensions qui se sentent progressivement acculées pour leur choix de coiffure.


Certains vont jusqu’à les qualifier injurieusement et abusivement de « Niafous » : terme d’origine malienne désignant une Noire à l’habillement et à la coiffure vulgaires et extravagants. Les Niafous selon la connotation populaire, sont très souvent parées d’extensions capillaires de mauvaise qualité aux couleurs vives : jaune, rouge, bleu. Elles portent des lentilles de contact à la limite du fluorescent, qui ne se marient pas à leur couleur de peau, exemple : vert (horrible fashion-faux pas, oui oui). Se dépigmentant l’épiderme, c’est une désaxée superficielle, aliénée tous azimuts qui se retrouve le cul entre deux chaises : culture africaine et occidentale à laquelle elle s’identifie le plus. Elles mâchent leur chewing-gum bruyamment, ont une hygiène douteuse, sont effrontées, parlent beaucoup trop fort et traînent habituellement aux stations de métro parisiennes identifiées : Châtelet Les Halles et Gare du Nord. Synonyme : Fatou Fachée aka F.F.

 

  • Garder à l’esprit que tout individu de sexe féminin, portant des extensions, croisé au métro GDN ou CLH, ne signifie pas automatiquement que vous êtes en présence d’une Niafou. Usez de votre flair.
  • A rappeler qu’une Niafou (toujours selon la définition) se reconnaît tout de suite et que la confondre au reste de la communauté féminine noire pro-extensions est un terrible acte discriminatoire et un grave manque de discernement. Dans le doute, ne pas l’employer. 🙂

Pour Mariame, étudiante guinéenne à l’université Paul Sabatier de Toulouse, la question ne se trouve pas à cet endroit : « Ce n’est pas parce que je mets des extensions que je ne suis pas fière d’être Noire, certaines personnes mélangent vraiment tout. C’est un choix comme un autre et une question de goût avant tout, c’est comme décider de porter une jupe à la place d’un pantalon et puis chacun est libre. Il faut arrêter de dramatiser en répétant que porter des extensions c’est comme se blanchir la peau, ça n’a absolument rien à y voir » martèle-t-elle un peu excédée par les propos qu’elle a lu sur des forums intitulés « Black Power » sur le web.

Inspiré à l’origine des Jackson Five, arborer fièrement son Afro est aussi devenu un moyen utilisé par certains groupuscules pour militer contre le racisme galopant et le sexisme. Montrer son opposition rien qu’en utilisant sa posture, son verbe et sa coiffure. Ce qui est tout à l’honneur de ces jeunes gens.

Paradoxalement, certaines filles m’ont révélé que c’est en vivant hors de leur pays d’origine que ce besoin d’étaler ce trait de caractère de leur physique d’Africaine s’est imposé. « Si j’étais restée à Abidjan, l’idée de porter un Afro ne me serait certainement jamais venue. Je serai probablement à l’heure qu’il est en train de défriser mes cheveux ou tisser de longues mèches. Ici au Texas j’ai eu peu à peu envie de m’affirmer, afficher le plus « outrageusement » possible ma négritude. » m’explique Sandrine ivoirienne, sur Skype lors de notre entretien vidéo. Sans doute parce que plus on lui faisait sentir qu’elle n’était pas chez elle, plus son attachement à ses racines africaines fleurissait de plus belle.

Retro Afro élégance. Crédit Photo : Alvaro A. Novo

Retro Afro élégance. Crédit Photo : Alvaro A. Novo

Quoi qu’il en soit on ne peut nier qu’il s’agit d’un réel plaisir pour les yeux, de voir défiler (et ce en nombre grandissant ! ) ces têtes bien faites, bien pleines et touffues. Il faut au moins admettre qu’avec ça, vous serez définitivement épargnées du terme « Niafou ». En attendant d’avoir le courage de vous rejoindre, continuez mesdemoiselles vous nous régalez!

Un petit tuyau pour vous Nappies, faites un petit tour chez Camille en cliquant ici. Son blog Ebony roots consacré à la beauté naturelle et noire vous conseille et vous aide à mieux appréhender le cheveu crépu souvent méconnu dans sa totalité.♥

4 Commentaires

  1. J’ai récemment publié sur la page Facebook une étude qui évalue à 7 milliards de dollars le montant dépensé chaque année par les noires pour avoir les cabelos brésiliens ou indiens… et j’en passe. Au-delà de cet aspect purement mercantile, il faut bien reconnaitre (pour ceux qui en auront le courage ah ah 🙂 ) qu’avoir les cheveux lisses revient d’une façon ou d’une autre à s’imposer les standards de la beauté blanche…
    On peut le nier, mais c’est comme ça. Personnellement, j’admire les femmes qui reviennent aux sources.
    PS: Ce retour passe également par une forte conscientisation… dans mon université , il y a un groupe de recherche sur justement les canons de beauté blanche et la nécessité politique de revenir à une reconnaissance à l’identité noire , c’est à dire , à son acceptation.

  2. Joli, cet article – et toi qui prétendais être en période de doute… Je ne dirai pas grand chose, Serge a exprimé la fond de ma pensée dans son commentaire. Cependant, j’aimerais quand même avoir ton point de vue personnel sur la question: es-tu pro ou anti mèches, greffes et tout le reste?

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *