La jeune diaspora africaine et la consommation ostentatoire

Louis Vuitton stealing the limelight at Marina Bay... Crédit : William Cho

Louis Vuitton stealing the limelight at Marina Bay… Crédit : William Cho

Je ne saurai vous dire si le phénomène sociologique dont on parlera ici touche toute la panoplie de jeunes étudiants (le plus souvent africains il faut le dire) qui se sont expatriés pour continuer leurs études… Mais il y a tout de même une bonne partie qui passe à la trappe. De quoi parlons-nous ? De ce besoin, absolu vous vous en rendrez compte au fil des lignes, de P.A.R.A.I.T.R.E.

Même si ç’en a l’air, rassurez-vous ceci n’est pas un énième article où l’on vous rabâche le désir égocentrique d’individus voulant exister par l’exhibition de leurs avoirs ou de certains avantages financiers comme nous en parle Thorstein Veblen dans son célèbre ouvrage « Théorie de la classe des loisirs » . Cette fois, j’ai voulu aller plus loin que mes prédécesseurs en la matière. Pourquoi ce sujet ? Parce que la pratique s’en va aujourd’hui prenant une ampleur de plus en plus considérable. Disposant des quelques outils rudimentaires et incontournables que mes études en communication (et tout récemment de sociologie) ont bien voulu me fournir, je me suis prétentieusement lancée dans une étude. Oui une étude parce que j’étais avide de réponses. Pourquoi se comporte-t-on ainsi ? Faut-il chercher les raisons dans une adolescence et une enfance frustrée ? Dans le contexte temporel ? Dans le milieu géographique ? Pourquoi existe-t-il des soirées comme « African Money », des groupes et labels comme « African Elites » ? Est-ce la traduction d’un matérialisme poussé dans une société décadente qui nous « oblige » tous un peu à l’être? Ou au contraire existe-t-il réellement une couche embourgeoisée de la diaspora africaine? Si oui quels en sont les critères d’éligibilité ? A moins que tout ça ne soit « que » pour le business ? Ou une méthode pour s’affranchir des complexes que l’esclavage a laissé en l’homme Noir et un moyen d’exister sur le plan personnel ? Les habitudes ont la peau dure vous savez. Tant de questions qui méritent au moins, à défaut d’explications et de réponses abyssales, qu’on les effleure… Tel est mon but. Je ne vous promets pas une enquête parfaite et sans failles, loin de moi l’idée de penser que je suis une sociologue attitrée dont les enquêtes ne souffrent d’aucune imperfection. Reconnaître ses limites n’est-il pas déjà un bon début d’honnêteté intellectuelle? Je vous laisse le loisir d’y réfléchir.

Ainsi j’ai commencé en bas de l’échelle c’est-à-dire tout doucement, munie d’un dictaphone et d’un bloc-note sur lequel se voient tout de suite des gribouillis et des ratures qui attestent d’un travail en amont durant lequel j’essaie de filtrer et de ranger des tas d’idées diffuses émanant de longues réflexions sur la façon la plus optimale de réussir mes recherches. Je parcours les hall, les parvis, les couloirs et étages ainsi que les cafettes de deux universités que mon enquête a dans son viseur: l’université Paul Sabatier sise au 118 Route de Narbonne sur la ligne B du métro à quelques arrêts du terminus puis l’université du Capitole quant à elle domiciliée au 2 rue du Doyen-Gabriel-Marty. En complément, je rajouterai dans mon enquête la Toulouse School of Economics et l’IUT de Toulouse. Ma proie ? Les jeunes étudiants expatriés avec une préférence pour les noirs puis de façon plus ciblée les étudiants africains ayant commencé leur cursus d’études supérieures ici en France. Dans toutes les enquêtes l’on rencontre des difficultés dans la mienne j’en ai rencontré dès le début. Voyez-vous mon thème est assez complexe, (très ambitieux me diront d’autres) si l’on ne prend pas donc le temps d’en expliquer le fond, la raison et le but on commence tout de suite sur des bases floues qui peuvent fausser les réponses. Par ailleurs pour extorquer certaines informations du genre : « pourquoi dépensez-vous des sommes astronomiques pour une bourse d’étudiant dans l’achat de marques luxueuses comme Louis Vuitton Paris ? Le faites-vous pour la qualité de l’accessoire ou pour prouver quelque chose à votre entourage (qui la plupart du temps fait de même) ? » il faut que le sondé soit un minimum en confiance, qu’il ne se sente pas jugé du moins pas par l’enquêteur. La difficulté dans ce genre de questionnaire c’est que dans la conception même des questions, l’on fait subtilement réaliser à l’individu l’absurdité de se priver de manger pour une paire de Louboutins histoire de « faire genre au près des potes et/ou des filles » et cette prise de conscience ne doit ni l’énerver encore moins lui empêcher de répondre à vos questions, à vous d’user de tact et de diplomatie. L’on doit l’emmener par des ruses à livrer certaines informations qu’en règle générale il n’aurait pas donné. Et ce n’est pas dans une interview de 15 minutes qu’on arrive à mettre à son aise quelqu’un que l’on ne connaît pas. Je dois avouer avec du recul que ma démarche fut assez chronophage sur le long terme.

Ainsi j’ai interrogé au total 103 étudiants noirs de nationalités assez variées reparties entre le Congo Brazzaville, le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Djibouti, le Niger, le Ghana, les Comores, les DOM-TOM (pour les besoins de mon enquête, les français des territoires d’Outre-Mer seront considérés ici comme de nationalité différente au vu de la culture différente de ceux-ci par rapport aux français métropolitains), Guinée Conakry, Madagascar, le Gabon, le Tchad, le Bénin, le Cameroun, la République Centrafrique, la Mauritanie, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, la Gambie et la République Démocratique du Congo. En moyenne les interviews ont duré 45 min à 1h. Les questions reposaient en premier lieu sur le profil général, le cursus suivi, la raison du choix de la France, en second lieu l’intégration dans le pays d’accueil, le lien à la communauté d’origine locale, et en dernier lieu le rapport à l’apparence, le m’as-tu-vu, le type d’habillement, les endroits fréquentés, les soirées fréquentées, les raisons de ses choix. Le lieu de l’interview est choisi par le sondé ainsi donc par ordre de préférence, les étudiants ont choisi : la fac (où je les ai croisés la première fois), le jardin japonnais de Compans Cafarelli (que j’ai très souvent proposé pour son cadre moins formel), la Médiathèque. Sur les 103 interviews, 39 entretiens furent par mails échangés et 17 entretiens furent téléphoniques. (et là on se dit heureusement que j’ai un forfait illimité 🙂 ).

Sur les 103 étudiants, 42 étudiants étaient du Capitole et de TSE, 51 étudiants étaient de Paul Sabatier et de l’IUT de Toulouse. Les 7 étudiants restant suivent des études supérieures à Paris, à Lyon, à Reims et à Bordeaux.

Il est important à mes yeux de faire état de la façon dont j’ai mené les enquêtes pour que le lecteur bénéficie du maximum d’informations qui vont lui permettre d’accorder du crédit ou non aux conclusions que j’en ai personnellement tiré.

Conclusions qui feront l’objet d’un prochain article… Restez connectés 😉

 

5 Commentaires

  1. Dieretou Diallo je trouve votre piste d’analyse tout à fait intéréssante .c’est aussi tres honnète de votre part d’exposer aux lecteurs vos méthodes d’analyses ce qui accorde à mes yeux une certaine légitimité à vos travaux .Ceci dit, je n’ai pas tres bien cerné votre démarche . vous parlez de recourir à un questionnaire et vous ecsomptez a travers ce dernier reccueillir je vous cite ‘ les raisons du choix ‘ de tel soirée je conçois que vous puissez poser des questions ouvertes mais vous aurez du mal à les referencer , le but du questionnaire c’est d’objectiver par des chiffres des observations préalablement établies .alors que la c’est comme si vous souhaitiez analyser par le biais du questionnaire . par ailleurs vous evoquez dans votre article que vous avez éffectuez 39 entretiens, peut etre donc vous avez croisez les deux méthodes qui sont complémentaire?enfin, je pense que pour votre sujet d’analyse en l’occurence la consommation ostantatoire , je pense que par observation participante de ces soirées mondaines vous obtiendrez des pistes d’analyses que l’entretien ne vous permet pas d’obtenir , cc par exemple la fragmentation de l’espace pour légitimer la différence vip et non, le dicours elogieux des dj qui participent au sentiment de pouvoir et c… par ailleurs je trouve votre blog est relativement intéréssant, votre style d’écriture fin, raffinée et des formulations qui traduisent une pensée plein de concision , Bien à vous , dans l’attente de relire vos prochains articles

    1. Bonjour @Habib j’espère que vous allez bien par cette belle matinée ensoleillée. De prime à bord je vous corrige tout de suite si je puis me le permettre, je n’ai pas dit avoir réalisé 39 interviews mais bien un total de 103 entretiens qui se sont effectués par différents canaux : le face-à-face, internet (dont 39 interviews), et la voie téléphonique. Deuxièmement il est tout à fait justifié que dans l’ossature de mon questionnaire l’on y retrouve comme questions les choix c’est-dire les raisons qui les emmènent à participer à ce genre d’évènements ? Je reste toujours dans la sphère de ma démarche, n’en convenez-vous pas? il aurait d’ailleurs paru étrange que je ne leur demande pas pourquoi cette soirée-ci et pas une autre ? Oh je suis bien d’accord avec vous lorsque vous dites que le but c’est d’avoir le moins de questions ouvertes pour pouvoir les matérialiser et les référencer dans des tableaux statistiques et autres… Mais voyez-vous cette étude n’a pas pour vocation d’être posée sur une table de sociologues, dans un ministère ou pour l’INSEE. Toutes les données que j’ai reçues restent en leur état et c’est d’un résumé de celles-ci que je tire des conclusions. Aussi, je me suis permise de nombreuses questions ouvertes dans ma recherche sahant pertinemment que je n’aurai aucun calcul statistique à réaliser. Au risque de me répéter voyez-vous c’est un sujet assez complexe, et il est clair du moins à mes yeux qu’avec des questions « que » fermées je serai restée sur ma soif de réponses. Les interviews avaient plus l’air de conversations (certes avec un dictaphone lol) entre deux individus que d’entretiens, c’est là toute la différence avec une rigide et sévère enquête sociologie. C’est la seule façon que j’ai trouvé pour avoir ce que je voulais. Après la sociologie est une filière à débats, il n’ y a jamais une seule méthodologie ni une seule réponse c’est à nous d’orienter notre façon de faire en fonction des réponses que nous voulons avoir. Cependant elles sont toutes recevables tant qu’elles restent dans la déontologie et j’imagine aisément que si cette enquête avait été réalisée par vous, vous auriez procédé autrement., un procédé qui aurait été non moins valable. 🙂 En dernier très cher Habib que je suis bien heureuse de lire ce matin ^^, en ce qui concerne l’observation je m’en suis donnée à cœur joie, ça fait assez longtemps que je suis sur ce projet et j’ai fait très attention à tous ces petits comportements autour de moi … Je sais pertinemment comment se déroulent des soirées comme ça. Les individus interrogés m’ont livré encore plus d’informations puisque ce sont les premiers concernés après tout. Les personnes que j’ai interrogée sont les mêmes qui vont voir les DJ pour les raisons que nous connaissons tous. Par ailleurs, je ne me suis pas réellement apesantie sur l’observation parce qu’en général ( arrêtez-moi si je me trompe) l’on s’en sert beaucoup pour compenser un manque d’entretiens ou un chiffre d’interviews assez bas, histoire d’enrichir le rapport final. Ce n’est pas mon cas, je crois que 103 individus interrogés individuellement et en groupe sur une durée totale d’un mois 2 semaines est un nombre largement suffisant. Ceci dit c’est vrai que les observations sont importantes, rassurez-vous non seulement j’en ai fait mais j’en ferai bien entendu cas dans l’article suite et fin de cette enquête. Il est tout de même mieux de vous avertir tout de suite, je ne mettrai pas beaucoup de chiffres et je ne serai pas très technique dans les résultats. Il est important pour moi que mes écrits soient accessibles du point de vue de la compréhension par un maximum de lecteurs. Trop de chiffres et de graphiques feraient fuir tous les novices en la matière. Je préfère les traduire par des phrases plus parlantes.

      Espérant avoir répondu à vos inquiétudes, je vous souhaite une bonne journée Habib, 🙂
      Merci de continuer à me lire et au plaisir de répondre à vos questions.

      Bien Cordialement

      Dieretou

      1. Bonsoir , Dieretou Diallo j’aurais bien aimé profité du soleil comme vous , mais hélas la météo fut bien grise Chez moi .Je pense que le questionnaire que vous établissez s’apparente plus à un entretien, parce que quant vous posez des questions comme :’pourquoi frequentez vous telle boite ?’vous aurez autant de raisons de s’y rendre que d’enquété , et vous auriez du mal à trouver des points de jonctions pour en faire une analyse pertinente , quant bien mème vous n’aillez la prétention de publier vos enquètes .vous dites : »les interviews avaient plus l’air de conversations que d’entretien ‘si les interview s’apparentent à une conversation cela signifie que ce n’est pas un questionnaire que vous avez effectuez , puisque la particularité du questionnaire c’est justement de poser des questions que vous avez préalablement établie et cela empèche que l’interaction tourne vers une conversation.par ailleurs si l’entretien prend des allures de conversation cela signifie que vous avez réussie à mettre en confiance l’enquété et cela conduit à éviter des biais induit par la situation d’entretien elle mème .enfin , il n’est pas incompatible d’observer et de recueillir des entretiens , c’est de l’observation participante .Bien à vous ,ma chère si je pu me permettre de vous appelez ainsi, Diérétou Diallo 🙂

        1. Au risque de vous contredire ce n’est pas parce que les enquêtés se lancent dans une conversation qui contient de longues réponses et de d’excellentes données que mon questionnaire n’en est pas un. Je vois que vous tenez aux petits détails et que vous jouez avec les mots… libre à vous si ça paraît important à vos yeux. Pour ma part si je leur pose des questions et qu’ils me livrent dans leurs réponses bien plus d’informations que je n’attendais je ne vais pas refuser ce surplus bénéfique, refuser de les écouter, volontairement omettre des informations que je considère comme pertinentes pour mon enquête encore moins les interrompre pour suivre la méthodologie exacte enseignée à la fac. D’autant plus que je ne compte aucunement mathématiser les données reçues. Deuxièmement je constate que vous avez beaucoup de mal à me comprendre dans mes propos ou le faîtes-vous pour le plaisir de me voir me répéter ? 🙂 Je n’ai jamais dit précédemment que les deux étaient incompatibles juste que l’on se reposait beaucoup plus sur l’observation lorsqu’on sait notre nombre d’entretiens assez faible, histoire d’enrichir notre contenu … Je vous ai même dit en avoir fait. Bref jusque là je ne vois toujours pas de problème ni de quiproquo et si vous m’écoutiez (ou me compreniez) vous vous rendrez compte que l’on dit la même chose depuis le début.
          En dernier lieu je l’ai dit dans mon billet, cette enquête est loin d’être une enquête sans failles. Ce n’était pas mon but en me lançant dans la démarche et ça ne l’est certainement pas maintenant. Je ne souhaite pas absolument une étude digne de ce nom et en parfaite adéquation avec la théorie enseignée durant les cours de sociologie ne vous en déplaise. De même je vois (à travers vos deux interventions) que vous êtes un fin connaisseur en la matière du moins en théorie 🙂 mais vous attendez décidément trop de moi et trop de cette enquête qui n’est enfaite que très modeste.
          Je voulais des réponses et ces réponses je les ai eues, j’en suis très contente et le but de cet article est de tranquillement les exposer sans prétention aucune. Vous êtes très pointilleux question méthodologie rigoureusement calquée sur celle apprise sur les bancs, et pour ma part je m’en suis volontairement légèrement détournée car encore (je le repète) ce n’est pas une enquête pour l’INSEE ou un quelconque ministère. 🙂

          C’est l’oeuvre d’une jeune étudiante de sociologie qui a encore certainement (je n’en doute aucunement) BEAUCOUP à apprendre.
          Pour que vous soyiez tranquille on va dire que cette enquête n’est pas parfaite et ne répond pas forcémment à tous les critères méthodologiques d’une enquête sociologique. Ceci vous soulage-t-il ? Après tout chacun est libre de se faire son propre avis. 😉 J’imagine que d’autres ne seront pas du vôtre. Mais puisque c’est de la confrontation d’opinions que naît de très belles choses alors pourquoi pas? lol

          Bien Cordialement,
          Diérétou

          1. j’ai parcouru tous vos articles que j’ai trouvé très bien écrit d’ailleurs , et mon intéret n’est pas de saper votre travail, je n’en nai dailleurs pas la moindre prétention ma chère Diérétou, et rassurez vous je ne suis pas l’un de ses condéscendants qui retire une quelconque satisfaction à débattre vainement …bonne soirée ma princesse Peulh, votre admirateur ,Habib .

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