Je divorce du féminisme

 

La marche des salopes. CC Marianne Fenon (flickr.com)

La marche des salopes. CC  Marianne Fenon (flickr.com)

Je jette l’éponge. Je ne veux plus être, ni afro-féministe, ni féministe tout court. Oui c’est aussi simple que ça. Entendons nous bien, je n’abandonne pas mon militantisme en faveur de meilleures conditions de vie pour mes congénères. Après réflexion, je prends seulement mes distances (et mon indépendance) avec le qualificatif « féministe » qui devient on ne peut plus lourd à porter. Explications.

Si le combat lui est noble, il est de plus en plus parasité par la connotation donnée à ce terme, devenu ces dernières années une espèce de fourre-tout.

Lors de mes récents voyages, j’ai rencontré de nombreuses personnes qui, malgré leur investissement pour la cause, ne supportaient pas qu’on les appelle « féministes ». J’ai alors compris que le problème, ce n’est pas la lutte, c’est le mot.

La vérité, c’est que nous avons besoin d’un néologisme pour toutes ces femmes qui font du féminisme sans vouloir être féministes.

Au fil des années, on a habillé le féminisme de tous les contours possibles, des surexcitées aux seins nus que je ne nommerai pas, à la petite Fatoumata qui lutte dans son village pour faire du football au même titre que les garçons. De Arwa qui refuse de se soumettre aux autorités qui lui interdisent de faire du vélo en Iran, à Jeannette qui pense que c’est systématiquement envoyer chier tous les messieurs au Togo.

Le féminisme a été pollué, perverti, dénaturé à tel point qu’aujourd’hui, il est péjoratif d’être appelé ainsi. Le diagnostic est sans appel : il y a un malaise profond et très palpable.

Les féministes elles-mêmes ne s’entendent pas sur la meilleure manière d’œuvrer. On fait allusion à plusieurs féminismes : Féminisme libéral, Féminisme socialiste, Féminisme radical, Féminisme radical différentialiste, Féminisme intersectionnel, etc.

Ou alors, il y a des luttes internes au mouvement auquel on reproche d’être trop blanc, de n’avoir qu’un seul paradigme, le paradigme occidental.

Comment s’en sortir avec un tel flux d’informations ?

Le mouvement est de moins en moins ordonné et compris, car de plus en plus sectorisé. Le débat s’est largement complexifié, nous éloignant du but initial.

Dans ce contexte, est-il bien sage de continuer à s’appeler ainsi lorsqu’on ne sait plus ce que ça veut dire ? Lorsqu’on s’est perdu en cours de route ? Le problème est sémantique, la motivation elle, est toujours là.

Le féminisme tel qu’il est aujourd’hui traverse une crise existentielle, le nier ne ferait pas avancer le débat. Une fracture semble désormais se dessiner entre les représentantes « historiques » du mouvement et la génération montante censée prendre le relais.

Il faut une remise en question car il y a bien un problème lorsque celles pour qui le féminisme est né, ne se retrouvent plus en lui en grande majorité.

En attendant, enchantée : Dieretou Diallo féministe, militante pour le respect des droits de la femme, tout simplement.

Arrivederci. 👋🏽

 

5 Commentaires

  1. « Le féminisme a été pollué, perverti, dénaturé à tel point qu’aujourd’hui, il est péjoratif d’être appelé ainsi. Le diagnostic est sans appel : il y a un malaise profond et très palpable. » Tu as encodé ma pensée. Tu as touchété du doigt un problème que je n’arrivais pas à mettre en mots. Le véritable problème c’est le mot « féminste » car on ne sait plus ni ce qu’il signifie, ni la marche à suivre. Faut-il hair tous les hommes ou se battre pour une équité ? Tu l’as dit, les courants féministes eux mêmes ne s’accordent pas. Ma plus grande crainte est que ce fouillis au final fasse disparaître « la cause ».

  2. Ravie de vous lire. Après cet article, je suis allée lire celui que vous avez écrit sur le défrisant, l’afro-féminisme et vous. Je ne suis pas de celles qui crient leur féminisme même quand on ne leur a rien demandé. Mais en géneral, quand on me pose la question, je réponds que je suis féministe. Pareil lorsque quelqu’un essaie de resumer le féminisme aux femen et compagnie, je rappelle que Justin Trudeau et Obama disent être féministes également. Toutefois je comprends que la charge qui vient avec le mot « féminisme » soit lourde à porter. Je me demande plutôt pourquoi ou comment ce que vous pensiez et écriviez il y a à peine quelques mois a changé…

    « J’affirmais : » Je ne pense pas être féministe, je suis juste pour l’égalité des droits ». Mais avec du recul, les années et l’assurance aidant, je sais aujourd’hui que le féminisme n’a rien de péjoratif. Que je n’ai pas à m’en cacher, que ce n’est rien de repréhensif. Mais surtout, que d’autres personnes le pervertissent à leur guise ne fait pas que je dois en avoir honte ni m’en éloigner. Si c’est ce que je suis, je l’endosse bien volontiers.

  3. Bravo pour votre analyse ! Le féminisme a pris des formes tellement diverses qu’on s’y perd, comme vous le dites très bien. L’essentiel est de savoir rester unis sur les grandes causes qui peuvent améliorer le sort d’un plus grand nombre de femmes. Est-ce que tous les combats pour sortir la femme d’une situation sociale difficile est un combat devant s’appeler féministe ? C’est à vous mesdames de trouver le terme qui convient.

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