Comment j’ai été conquise par Lomé

Lomé est une petite ville attachante. J’y suis arrivée le mardi 15 août 2017 un soir avec Air Côte d’Ivoire, une compagnie aérienne que j’empruntais pour la première fois. Après un retard d’une heure, nous atterrissions à l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma.  

Il faisait déjà nuit, mais la première chose qui m’a frappée était à quel point les rues étaient dégagées, aérées. Pour quelqu’un qui vient de Conakry, et qui est habitué à voir des immondices joncher les rues et s’immiscer dans les plus petites parcelles de terre, c’était une agréable surprise.

Je suis restée cinq jours au Togo, au cours desquels j’ai fait mon maximum pour découvrir ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest, ses paysages et ses habitants.

Grand marché de Lomé. DR

Mes premiers sites d’exploration se situaient dans le centre ville. Mon hôte, un ami à ma grande sœur qui avait mis un chauffeur à ma disposition, fut d’une grande sollicitude à mon égard durant tout mon séjour. Ainsi, je pus partir à l’assaut de Lomé à bord de son confortable 4×4. Le chauffeur, nommé Modeste, était un jeune Togolais en début de trentaine, connaissant très bien la capitale.

Place de l’indépendance. Centre-ville, Lomé. DR.

Après avoir visité le centre ville, la place de l’indépendance, l’université de Lomé, je me rendis au Musée national. En amatrice d’art, j’étais curieuse de voir ce qu’il regorgeait comme trésors. Cependant à l’entrée déjà, je protestai à l’idée de payer un tarif « étranger » qui ne tenait pas compte des personnes originaires des pays membres de la CEDEAO, à laquelle la Guinée et le Togo appartiennent.

« Je paie le même tarif qu’un Allemand ou un Français, ce n’est pas juste. Il faut créer un tarif pour les Togolais, un pour les africains et un autre pour les « vrais » étrangers», m’écriai-je.

Ce à quoi le conservateur acquiesça avec un sourire. Le musée en lui-même est pauvre, et je pense ne rend pas assez justice à la richesse de la culture togolaise. Il s’étend sur deux salles, l’une retraçant l’époque coloniale et une autre mettant en avant des objets culturels de certaines tribus de la région.

Instrument de musique. Salle 1, Musée national du Togo. DR

Lorsque je vais dans un musée, je m’attends à y passer au moins une heure à arpenter des couloirs qui racontent des histoires, mais cette fois j’étais déçue d’avoir fait le tour en une vingtaine de minutes. La disposition des objets en général très calculée dans les musées, ne suggérait ici aucune narration, elle avait l’air d’avoir été improvisée.

J’ai en plus dû batailler pour faire quelques photos.

Objets culturels, Salle 1, Musée national du Togo. DR

Lomé est une ville où il fait bon vivre avec de jolies étendues de sable d’un jaune doré, qui mettent du baume au cœur. J’ai adoré marcher pieds nus sur ces plages bordées de palmiers qui font face au Golfe de Guinée, cette partie de l’océan atlantique nichée dans le creux du sud-ouest de l’Afrique. En longeant la côte, nous nous sommes retrouvés à la frontière terrestre avec le Ghana – un pays africain anglophone –  en moins de deux.

Ah oui, ça aussi il faut le dire : lorsqu’on saute à Lomé, il faut faire attention à l’endroit où on atterrit. Les frontières avec les pays limitrophes sont tellement proches qu’on peut bien redescendre au Ghana ou au Bénin. 🙂

J’ai été fascinée par cette proximité, parce qu’en Guinée – en fonction de l’endroit où l’on se trouve bien entendu, mais je parle pour Conakry- , il faut rouler longtemps avant de croiser une frontière terrestre. L’idée de pouvoir me rendre au Ghana ou au Bénin en quelques minutes était euphorisante, mais j’ai refréné cette envie pour la reporter à une prochaine fois.

Lomé a une autre particularité : elle est peu embouteillée. En cinq jours, je n’ai fait face à aucun embouteillage notable. Cette remarque m’a été confirmée par un habitant à qui je demandais si c’était toujours comme ça ici. Il m’a assuré de la fluidité du trafic. On peut se rendre d’un point A à un point B sans difficultés et il faut avouer que c’est là quelque chose de non négligeable. Je ne sais pas comment la capitale togolaise a fait pour échapper aux embouteillages monstres qui caractérisent les grandes villes africaines comme c’est le cas à Dakar, à Conakry ou même à Abidjan.

Est-ce parce qu’il y a moins de voitures ? Plus de routes ? Ou une combinaison gagnante des deux ? Le résultat quant à lui est gratifiant. Par ailleurs peu importe l’endroit où l’on est à Lomé, on peut voir des femmes et des hommes en uniforme et avec des masques, nettoyer les artères de la capitale à grands coups de balai et avec une certaine détermination qui force l’admiration.

Université de Lomé. Campus. DR

Je ne le cacherai pas, avant d’arriver au Togo j’avais un certain a priori sur les Togolais comme cela peut arriver entre différentes nationalités, notamment sur les hommes togolais après avoir observé la communauté togolaise sur quelques réseaux sociaux.  Je les trouvais prompts à la dispute, à la provocation et relativement hargneux.

J’avais bien entendu tort de généraliser, mais n’est-ce pas d’ailleurs ce qu’on reproche au préjugé qui se caractérise par un parti pris négatif globalisant ? J’avais des préjugés et ceux-ci sont tombés lorsque je les ai confrontés à la réalité du terrain, en côtoyant des Togolais vivant au Togo. Ils se sont montrés avenants et simples. Au Grand Marché de Lomé où je me suis rendue pour  quelques courses, il faut être agile pour se faufiler entre les étalages mais la propreté des lieux et la bonne humeur quant à elles, ne font aucunement défaut.

J’ai notamment eu l’occasion de le constater lors d’une discussion thématique à laquelle je fus conviée par la Mondoblogueuse togolaise Corinne Danklou, de passage dans son pays avec sa famille, que j’avais rencontré la première fois lors de la formation RFI-Mondoblog à Dakar en 2015. Echanges intéressants sur la stigmatisation des personnes vivant avec des problèmes mentaux au Togo ainsi que sur la question de la transmission culturelle intergénérationnelle.

J’ai entendu des propos intelligents ce jour-là, venant particulièrement de jeunes femmes togolaises de la diaspora et vivant au Togo.

Du point de vue culinaire, je suis allée à la découverte de ces tranches d’igname savamment préparées appelées Koliko à Lomé. J’ai pu tester les services de quelques restaurateurs : le buffet de chez Le Beluga et Le Patio m’ont laissée une bonne impression. Quant au « Lomé By Night », je me suis rendue dans un Lounge Bar togolais appelé « Le Select » où je  ne suis restée que le temps d’un verre… Des jeunes femmes aux voix rocailleuses s’étaient lancées dans un karaoké tonitruant.

A la veille de mon départ, j’ai entrepris d’aller à Kpalimé,  parce que j’en avais entendu le plus grand bien. Il s’agit d’une ville située plus au nord du pays. Nous sommes arrivés après environ 1h 45 minutes de conduite. De ce que j’en ai vu, le Togo est un pays à la végétation bien fournie. Nous comptions nous rendre sur le site d’une cascade indiquée non loin dans les parages, mais nous avons appris à la dernière minute qu’elle était fermée pour des raisons qui m’échappent. Je me suis alors rabattue sur le Pic Agou, le plus haut sommet du Togo avec 986 mètres d’altitude.

Après une montée ardue – la route s’étant désagrégée à plusieurs endroits – nous sommes parvenus au sommet de la montagne exceptionnellement plongé dans un brouillard épais. Celui-ci réduisait considérablement le rayon de visibilité, nouvelle déception. A cette altitude, la température a chuté de plusieurs degrés. J’ai dû précipiter la redescente pour ne pas que mon chauffeur soit frigorifié. Nous y avons vu plusieurs installations d’opérateurs de téléphonie mobile et de radios locales.

Sommet du Pic Agou, Kpalimé, Togo. DR

D’ailleurs en parlant de téléphonie mobile, il faut signaler que le gros point faible du pays réside dans son débit de connexion internet. Des efforts sont nettement à réaliser par le Togo, comparé aux pays voisins. Si je peux regarder un film en streaming à Abidjan, ou à Dakar c’est encore impossible au Togo même avec le wifi à la maison.

A vrai dire, j’ai été conquise par le Togo et ses potentialités. Aucune fausse note du début à la fin, mis à part le jour de mon départ, samedi 19 août au matin, une manifestation d’opposants a été violemment réprimée par le pouvoir en place et avait occasionné des morts. Ce sont hélas, de tels événements malheureux qui nous rappellent que le Togo vit tout de même dans une certaine instabilité politique et que la lutte pour l’alternance démocratique a de beaux jours devant elle.

19 Commentaires

  1. Je suis très impressionné par la qualité du compte rendu de sa visite dans ce pays et j’aimerais continuer à lire sur sa page. Merci.

  2. Je dois avouer que c’est la toute première fois que je lis ton blog et déjà j’ai aimé tout ce que tu as di. 5 jours mais on dirait pas. C’était comme si tu y avais passé toute ta vie .
    Merci pour tes remarques.
    Pour finir, Kpalimé se trouve plutôt à l’ouest.

  3. Quand je vois des mots alignés pour en faire des phrases, des pages, des articles ou des livres, je me dis tiens ! C’est des mots de tous les jours et difficilement ça stimule ma dopamine, mais là j’ai aimé et n’ai cessé de lire qu’à la fin.
    Merci de m’avoir fait découvrir Lomé et le Togo en quelques minutes !
    Congratulations pour le Award that you deserve !

  4. Bonjour, donc si au musée du Louvre oui au Prado on fait un tarif pour les Européens et les autres, et donc si les Belges et Italiens paient moins cher que les Guineens ou Sénégalais, vous ne serez pas choquée ?

    1. Bonjour… merci pour votre question.
      Non je ne le serai aucunement. Au Sénégal par exemple, pour aller voir l’ile de Gorée il y a un tarif pour les africains et un autre pour les Occidentaux.
      En Guinée d’où je viens, j’encourage également cette façon de faire. Mais bien entendu c’est qu’une façon de voir les choses
      Je pense que la proximité geographique devrait jouer lorsqu’on profite de monuments historiques où que l’on soit.

      1. J’ai été impressionné par le texte. Surtout étant togolais.et pour une petite correction Kpalimé est au nord de Lomé mais pas du Togo..Si je puis me permettre as tu un compte Facebook? J’ai lu que tu vis aussi à Dakar..Moi de même. Merci

  5. Je suis Togolais vivant à Lomé.
    Vous avez correctement décrit Lomé, je me suis retrouvé dans toutes vos lignes. Prochainement, faites un tour à l’intérieur du Togo et plus au Nord.

  6. Content que tu aies aimé Lomé. Et surtout mon village Agou et ma région de Kpalimé.
    En espérant ne pas faire partie des Togolais « belliqueux » des réseaux sociaux 😛
    J’avoue que j’avais pensé lire autre chose quand tu as voulu décrire les hommes togolais…
    Merci Dieretou pour ton témoignage…
    Je te le rendrai par Conakry… 😀

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