Guinée en robe de fêtes, souvenirs d’une Conakryka

 

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Kankan. Crédit Photo : Julien Harnais

Ça y est l’année s’achève. 361 jours écoulés déjà, plus que quatre jours et on tournera vite la page comme si elle n’avait jamais été écrite. Seule une ride de plus sur nos traits témoignera de son passage. Je suis devant la fenêtre il pleut, il neige par alternance, le temps est tellement maussade. Il est à l’image de mon humeur.

Tout contraste avec toi, Guinée en ces périodes.Tant d’effervescence, tant d’entrain, tant de visages jovials, tant de convivialité, regroupés en un même endroit. En cette fin d’année je me rappelle de tout, de toutes ces choses qui font de ton sol, de cette terre, un havre de paix et d’hospitalité. Guinée mon amour, je me rapelle de tes merveilleuses femmes aux courbes généreuses et aux déhanchés ensorceleurs parés de bayas. Je sais combien de fois elles adorent être apprêtées pour toute festivité. Je me rapelle de ces longues files d’attente chez le tailleur suivies de celles chez les coiffeuses de quartier. Clientes jamais contentes des délais, toujours pressées, insatisfaites du résultat parce que le « modèle était plus beau dans le magazine « . On dit que tu es un pays pauvre mais je sais que ces jolies malinkés au caractère affirmé, que ces attachantes peulhes au nez fin et au teint de lait caillé, que ces soussous à la gentillesse légendaire et aux formes de nymphe, que ces forestières chaleureuses à l’image de leur région ne tarissent jamais de billets de banque lorsqu’il faut se rendre belle.
Je me souviens à quel point elles adorent se pavaner pendant les mariages ou baptêmes avec leurs boubous sortis tout droit de chez le « tapeur ». Je me rapelle du froufrou élégant de leur bazin* à chacun de leur pas, de la fumée odorante du thiouraye qui s’élève dans la pièce et de ma mère qui chassait la gamine que j’étais à l’époque. Car le thiouraye, « c’est avant tout pour les femmes mariées » la légende veut que s’en approcher porte malheur aux jeunes filles qui ne trouveraient point de maris au moment venu. Guinée, il n’y a de doute pour personne quand au charme de tes femmes et à la bonne volonté de tes hommes.
Vois-tu mes vieux amis me disent que j’ai changé, que je ne te ressemble plus beaucoup, qu’involontairement je commence à avoir des « manières » de blanche, que j’ai un accent du sud et qu’au bout de ces longues années sans toi, la mentalité africaine s’effiloche comme un vieux pull en laine qui aurait subi les assauts du temps. Lorsqu’on me dit ça, j’ai l’impression de te tromper avec cette nouvelle venue qu’est la France. Pourtant je t’aime toujours, mes sentiments à ton égard n’ont pas changé, la France n’est qu’une amie (avec laquelle j’ai de bons rapports certes), mais rien de plus. Même avec ses bijoux scintillants, sa peau blanche, ses fards et nouveautés, elle ne m’intéresse pas. Je te préfère toi ma Guinée, ton authenticité me manque. J’aime ton visage naturel, tes tatouages traditionnels, ton éclatante dentition et ton énivrante chaleur tropicale.
Je n’oublie pas les soudaines coupures d’électricité en pleine émission « Parade » sur la Radio Télévision Guinéenne. Je n’oublie pas tes belles musiques dans nos dialectes, le folklore mandingue, etc. Mais je regrette de ne pas te connaître plus profondément. Tes villages, sous-préfectures ne me parlent pas beaucoup. Je suis une fille de la ville et à quelques égards, c’est un peu dommage… Mais je te promets qu’on y remediera à mon retour. Tu es si exquise, j’aimerais t’explorer de fond en comble, passer de longues veillées nocturnes à tes côtés, en tête à tête en amoureuses.

 

Veillées Nocturnes au village. Crédit : Martin Baran

Veillées Nocturnes au village. Crédit : Martin Baran

Hier je suis tombée sur deux ou trois chansons qui ont bercé mon enfance, que maman écoutait souvent.

Les paroles sont en langue malinké, je n’y comprends que quelques bribes. Mais ce n’est pas grave, elles ont un effet apaisant sur moi. Mais en quoi est-ce étonnant finalement ? Je suis ta digne fille. Ceux qui pensent que je me transforme en ces occidentales insensibles toujours à court de temps se trompent invraisemblablement. Nous aurons toujours cette relation fusionnelle toi et moi. Je suis imprégnée de toi.

Ici les gens sont étonnés lorsque je leur explique que chez nous chrétiens et musulmans vivent en parfaite harmonie, qu’on s’accepte les uns les autres. Ils sont tellement habitués à la guerre entre religions qu’ils en sont ébahis. Ils restent perplexes quand je leur affirme qu’on fête aussi bien l’Aïd que Noël ensemble sans histoires. Ils ne demandent qu’à voir et je leur dis de volontiers grimper dans le premier avion pour abreuver leur curiosité. Ai je menti Guinée mon amour? Tu es ce fabuleux endroit que je n’échangerai pour rien au monde, cet endroit où chacun a sa place.

Il y a cette effroyable chose qui veut ternir ta robe de princesse. Cette infamie du nom d’Ebola, cette mégère egoiste et imbue d’elle qui pense pouvoir débarquer et s’installer en maîtresse de terreur. Guinée tu es tellement plus forte que ça. Je sais que t’y arriveras, que tu la vaincras pour tous tes fils qui sont déjà tombés. Guinée, ne les laisse pas  user de puantes stratégies ô combien rocambolesques pour diviser tes enfants au nom d’une ethnie. Je suis sûre qu’on t’aime tous autant de la même façon. On a beau te critiquer, être sévère dans nos remontrances, te charrier sur toutes tes particularités à la « guinéenne » , ça ne changera jamais rien. C’est notre façon bien spéciale de t’aimer.

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Pour cette nouvelle année je te souhaite tellement mieux, beaucoup de prospérité, de santé, de succès, de solidarité. Pas de beauté, tu es déja à couper le souffle avec tes arbres verts à chaque coin de rue, vecteurs de pluies abondantes. Cette missive n’est pas dédiée qu’à ta fille Conakry qui a cette manie de toujours vouloir retenir tout ce qui est bon pour elle oubliant ses soeurs. Mais elle est également destinée à Kankan, Kissidougou, Kouroussa, Boké, Faranah, Lola, Kindia, Labé, Dalaba, etc… Toutes ces belles demoiselles en attente de loyaux prétendants comme la démocratie, la stabilité, la prospérité…

Bref, je pourrai passer ma vie entière à te magnifier (tu mériterais aisémment une vie), à porter à la connaissance de tous tes atouts et faiblesses, à t’idôlatrer pour rappeler à tous qui règne dans mon coeur. Mais ce n’était point le but, Guinée mon amour je voulais ici juste te dire en cette quatrième année encore loin de toi, que je pense fiévreusement à toi pendant ces nuits froides et que j’arrive pour tendrement achever cette belle aventure qu’est la nôtre…

En attendant prend bien soin de toi, précieuse.

 

*bazin : tissu africain damassé, teinté à la main

6 Commentaires

  1. wow j’ai la chaire de poule rien qu’en lisant tes mots, j’ai limite envie de pleurer en me remémorant des beaux temps que j’ai passer dans mon beau pays. Je suis contente de savoir qu’une si belle et intelligente fille vienne de mon pays, t’a un vrai don d’écrivaine, je passerais souvent faire un tour sur ce magnifique blog

  2. Oh mon Dieu! Quel amour! Face à cette déclaration d’amour, sincèrement tu me donnes envie de découvrir la Guinée, non pas seulement pour lier connaissance à ces charmantes déesses, mais surtout pour honorer l’esprit de mes ancêtres.

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