De la difficulté d’une transition vers une croissance verte

Industry. Crédit Photo : Géorgie Pauwels. (flickr.com)

Industry. Crédit Photo : Géorgie Pauwels. (flickr.com)

Certains pourraient juger inutile ou alors précipité de parler de croissance verte alors que la croissance à proprement dite n’est pas encore enclenchée dans les pays du Sud .

« -Quelle écologie ? Sortez d’abord de la misère et puis on verra… » me diront d’autres.

Pourtant loin d’être stupide, l’idée selon laquelle les pays africains doivent désormais compter avec l’écologie dans leur développement durable fait son bout de chemin.

S’il n’ y a de doute pour personne que l’utilisation massive d’énergies fossiles après la découverte du charbon et du pétrole a été à l’origine du développement et du mode de vie actuel des nations occidentales, les pays en voie de développement eux se doivent de réussir le pari d’une croissance économique plus respectueuse de l’environnement.

Ben oui quoi, va bien falloir que d’autres pays paient et compensent toute la merde causée par les insatiables appétits capitalistes (venus de l’on sait où  !). Et bien entendu, ceux qui vont s’en charger, ceux qui vont pâtir de ces contraintes écologiques dans leur processus de développement vont être les contrées qui vont économiquement croître en dernier : les pays de l’est et du sud.

L’industrie qui est le moteur principal de toute croissance est le secteur qui doit concentrer le plus d’efforts pour une transition verte. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un secteur boulimique en termes énergétiques. La bonne industrie est celle qui dispose de toute l’énergie quantitative ET qualitative pour soutenir une bonne productivité ainsi qu’une compétitivité internationale à toute épreuve. Tout l’enjeu aujourd’hui de la catégorie des pays dits riches est donc de progressivement faire basculer leur économie vers une économie verte. Celui des pays du tiers-monde quant à eux, est de pouvoir enfin amorcer une croissance économique digne de ce nom. Non pas en suivant l’exemple des pays du Nord qui avec leur machine industrielle, ont saccagé l’éco-système naturel, pollué la terre, etc. , mais en épousant des attitudes économiques en adéquation avec le bien-être des générations futures.

Comment maintenir le niveau de productivité pour les uns et croître économiquement pour les autres tout en adoptant cette nouvelle manne que sont les énergies renouvelables ?

Panneaux solaires à Narbonne. Crédit Photo : Dominique Lenoir (flickr.com)

Panneaux solaires à Narbonne. Crédit Photo : Dominique Lenoir (flickr.com)

Les énergies vertes encore peu maîtrisées (par rapport à celles irréversibles et polluantes que les hommes ont longtemps utilisé pour en connaître maintenant  tous les rouages) sont certes salutaires mais ont cet « inconvénient » d’être difficilement extractibles. En effet pour obtenir quelques quantités (relativement petites) de ces énergies (éolienne, hydraulique, solaire, etc.), il faut mettre en place de grosses installations plus ou moins coûteuses qui nécessitent de grands espaces . Mais si l’on compare cet « inconvénient » aux drames qui ont jalonné l’histoire des énergies fossiles : l’entreprise américaine BP  qui a accidentellement déversé plusieurs tonnes de polluant dans la mer du Golf donnant naissance à une marrée noire qui a détruit  la faune et la flore, ces difficultés d’extraction associées aux progrès technologiques futurs semblent très vite surmontables.

Néanmoins les problèmes liés à une telle transition ne sont pas qu’énergétiques ou industriels. Toujours dans le secteur économique, la présentation actuelle des marchés, le féroce appât du gain des entreprises super-puissantes au détriment d’une prise de conscience collective ne favorisent pas cette croissance exclusivement verte tant voulue. Le commerce, les transports, le secteur tertiaire sont autant de volets qui prennent un poids considérable dans cette transition. Les efforts doivent être coordonnés et synchronisés pour qu’on puisse constater un quelconque changement.

Comment concilier la faim galopante dans le monde et l’abandon de l’agriculture intensive dans un noble désir de respecter les terres de plus en plus appauvries par des pratiques peu scrupuleuses? Grande interrogation.

En revenant des champs. Crédit Photo : Philipe Gigliotti (flickr.com)

En revenant des champs. Crédit Photo : Philipe Gigliotti (flickr.com)

En dernier lieu, soulignons que les comportements restent le plus difficile à changer dans cette situation. Certains auteurs affirment que si les sociétés (spécialement celles américaine, européenne et tout récemment asiatique) ont beaucoup de mal à passer d’une croissance économique sauvage à une croissance économique verte c’est parce que tout simplement les individus manquent grandement d’ « éducation écologique ». Les populations doivent ré-apprendre à faire attention à leurs agissements qui impactent la nature.

Comment emmener des populations habituées à l’opulence à ne plus gaspiller, à prendre le vélo ou le bus aulieu de la voiture, à trier, etc?

Le processus est long et demande de vastes plans de sensibilisation. L’avantage avec les pays émergents ou en développement c’est que les comportements et les mentalités (du moins pour la plupart) sont encore vierges de toute extravagance. En théorie, il serait donc plus facile d’y faire acquérir des habitudes plus responsables et saines aux populations. En théorie seulement.

Eoliennes. Crédit Photo :  Aurélien Catinon (flickr.com)

Eoliennes. Crédit Photo :
Aurélien Catinon (flickr.com)

8 Commentaires

  1. Fascinant…
    Comme tu dis, le terrain étant encore vierge, on peut encore y implémenter des données nouvelles, des attitudes plus saines. Réussir cette transition sera notre sacre, soit cette humanité gagne ce défi soit le 21ème siècle sera son chant du cygne (on aurait pu espérer mieux). Pour ce qui est de l’aspect économique strict, je crois que les font et défont les besoins, si on était dans un monde où planter un arbre chaque mois était l’obsession et le sacerdoce de tout le monde, un gigantesque marché se créait illico autour de la chose, le métier de fleuriste ou botaniste serrait peut-être aussi valorisé que celui d’ingénieur mécanique ou informaticien, bref, au-delà des contingences matérielles et des impératifs indépassables vitaux (bouffe, eau, air etc…) nous faisons et défaisons nos économies en fonction de nos « logiciels » et « visions du monde ».
    La croissance verte est une question grave et impérieuse. Je ne sais pas par quel enchantement certains trouvent ça « neuneu ». Quand on sait que la planète a déjà dépassé le seuil critique en matière de ressources et dépasser ses limites de régénération, se développer tout en respectant les possibilités de mère-nature, ça c’est du challenge!

      1. c’est un de mes blogs préférés… j’avoue 🙂
        j’y découvre souvent comment l’Amérique ressemble au Brésil. Tu vois que dans ces deux pays, les gens ne pensent qu’à ça… les inégalités raciales (à cause de l’esclavage) .

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