Des rêves et des doutes

Crédit : J, CC/flickr.com.

19h25. Je viens de rentrer. Je suis allongée sur mon lit, que ma mère a revêtu d’un drap fleuri quelques jours auparavant.


J’aimerais tenir mon téléphone à l’écart quelques minutes, pour reposer mes yeux. Il y a toujours un écran quelque part : téléphone, ordinateur, panneaux, tablettes, etc. Twitter, Facebook, Instagram, VDM, Slack, etc. C’est épuisant. Et c’est pourtant une férue des NTIC qui le dit. À force, je suis devenue myope plus vite que je ne le pensais.
Quelques minutes de répit, après une longue journée, qui ne durent pas longtemps. Mon téléphone sonne, c’est ma mère. Elle est à Paris en ce moment, elle est arrivée il y a trois semaines pour ma remise de diplôme. Je réponds. Nous discutons quelques minutes, de mes frères, de mon travail, de la journée. Je raccroche et soupire. La discussion s’est achevée sur : « ta cousine a eu un mari, sa mère vient de m’appeler, blablabla », je n’ai plus écouté la fin, mon esprit gambadait déjà vers d’autres contrées. Je réponds laconiquement : « c’est très bien ».

En fait, je n’en ai cure. Je suis fatiguée. Je dépense beaucoup d’énergie à faire preuve de résilience durant 24h : face à un collègue difficile, un commentaire peu agréable, une commande qui prend du retard, des refus, des ascenseurs émotionnels, etc.
Je suis épuisée de devoir gérer des humeurs mais aussi pleine de doutes quant à la vie et sur la suite.

Ça y’est, les études se sont terminées ce juillet. Elles auraient dû être finies deux ans plus tôt, mais j’ai fait une seconde licence finalement. La sociologie vers laquelle je m’étais tournée tout à fait par hasard à Toulouse, m’avait fascinée. Et je suis une jusqu’au-boutiste.
La suite de la vie adulte me rend anxieuse.

J’ai 25 ans et je m’apprête à en être une à temps plein.

Et être adulte signifie qu’on doit assurer : avoir la bonne attitude au bon moment, assumer ses responsabilités. On dira de moins en moins pour excuser mes fautes : « elle est jeune, c’est pour ça ». Être une femme adulte, c’est deux fois plus dur : la société veut que vous soyiez un peu cet être hybride : l’épouse, la mère parfaite et la Working girl qui démolit tout sur son passage. J’espère, sans trop me faire d’illusions, ne pas avoir à choisir.
À l’arrêt de bus tout à l’heure, j’ai eu une pensée furtive : quel type de femme serai-je à 45 ans? Je me situe à un virage qu’il faut négocier prudemment.

Je ne veux pas rater ma vie professionnelle, je veux être une femme qui réussit. Mais réussir comme moi je l’entends, pas selon les canons de la société.
Je veux exceller dans ce que je fais, être une communicante douée, qui fait et défait des images.
Sans chichis et de vous à moi, je suis consciente d’en avoir le potentiel. Il faut que je trouve le moyen de l’exploiter, de le tailler et de sortir de la torpeur qui m’a envahie depuis plusieurs mois. Je suis plus en retrait, plus en mode observation alors que je suis plutôt du genre à être une fonceuse.

Je ne veux ni me disperser, ni me gaspiller.

Mais des drames sont si vite arrivés. On prévoit des choses et tout est chamboulé. Peut-on d’ailleurs régler une vie comme du papier à musique ? J’en doute.

Crédit : David Robert Bliwas, CC/Flickr.com

Je n’aime pas être sens dessus dessous, je préfère avoir le contrôle sur le plus de choses possible. Je dois néanmoins admettre que j’ai fait des progrès : je mûris et je sais qu’on ne peut avoir la main sur tout. Je lâche prise plus facilement. J’ai bon espoir que je parviendrai à un niveau de sagesse tel que je saurai TOUT relativiser et toujours prendre du recul.

Un énième soupir m’échappe. C’est l’heure de la prière. Il faut que je me lève, que je me douche et que je fasse mes rakkats.

Mais je reste couchée, traîne des pieds, comme anesthésiée, comme vidée, en proie à des questions existentielles.

En même temps que je veux avoir une belle carrière dans mon domaine d’études, je voudrais tout abandonner pour rentrer en Guinée réaliser un rêve d’adolescente. Construire un immeuble sur deux étages pour commencer : y accueillir des filles qui fuient l’excision, les violences conjugales et les mariages forcés.

Je voudrais sillonner les routes du pays, m’arrêter à chaque village pour recueillir des bébés abandonnés et des femmes en difficulté, les accueillir dans cette structure et les aider à se reconstruire.
Faire de l’activisme social à temps plein, dans une structure gérée par mes soins et avec une hiérarchie et des codes de travail modernes. Car ce qui me gène le plus en Guinée, ce n’est ni les bouchons, ni le manque d’électricité ou encore les robinets secs, mais bien souvent l’attitude peu professionnelle de beaucoup et le manque de sérieux.

Ce foyer de l’espérance de femmes africaines en danger, d’abord en Guinée puis que j’aimerais dupliquer dans plusieurs pays, c’est un peu mon rêve africain.

Alors comment faire ? Par où commencer ? Vers qui me tourner ? Avec qui m’associer ? Je n’ai pas les réponses pour l’instant. Je prends donc mon mal en patience. D’abord une carrière, des économies, et plus tard on verra, on avisera…
On me repète souvent que j’ai une ambition d’homme. Je ne sais jamais si c’est dit comme un compliment ou non mais cela compte-t-il ?

Le plus important, c’est la mission, doublée de la volonté, celle de marquer positivement des vies, de mes contemporains ou de ceux qui suivront.

5 Commentaires

  1. Des questions que la plupart des femmes ambitieuses se posent généralement. J’aurai bientôt 25 ans et j’ai des rêves, ce sont des questions surtout avec qui s’associer comment faire qui taraudent aussi. Mais Dieu aidant ja solution sera trouvée. L’essentiel c’est de ne point baisser les bras et de toujours foncer.
    Tu y arriveras, nous y arriverons.

  2. Je me reconnais dans vos ecrits ! La pression sociale de la femme, Les projets ambitieux pour apporter en Guinee votre pierre a l’edifice etc. Je vous souhaite un bon courage !

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