Coup de foudre à Conakry (1)

Minière Plage

Minière Plage

Il était environ dix sept heures, le soleil n’était plus à son zénith. Christine Dia était étendue de tout son long sur une natte qu’elle avait étalée  à même le sable. Son corps svelte et métissé était couché, une jambe repliée faisant apparaitre son beau ventre plat et ses jambes galbées. Son bikini aux couleurs chatoyantes soulignait incroyablement ses formes malgré le foulard qu’elle avait attaché aux reins. Elle se savait belle mais ne considérait pas cette beauté comme un atout. Quand ses amies restaient bouche bée à la piscine devant son corps et lui redisaient encore et encore combien de fois elle était jolie, la jeune femme éclatait de rire en affirmant qu’elle ne servait pas à grand chose cette « beauté », elle ne lui apportait rien ou pas tout en tout cas, d’être l’objet de convoitise à longueur de journée oui, mais pas l’assurance d’être aimée. Ayant passé presque toute son adolescence à voyager au gré des mutations de son père Christine parlait couramment de nombreuses langues dont le russe. Son père toucouleur s’était marié avec la française futée qu’était sa mère et qui avait fait un scandale immense pour faire renouveler son visa à l’ambassade de Malaysie, son métissage était vraiment réussi aussi bien physiquement que moralement.

Christine soupira, elle avait passé une excellente journée. D’ailleurs, c’était le cas tous les dimanches. Elle y venait hebdomadairement pour évacuer le stress accumulé pendant la semaine, pour bronzer sa peau qui après toutes ces années en France était devenue laiteuse. Elle adorait profiter de la nature, mais aussi regarder les garçons qui venaient ici expressément pour faire leur footing. Christine regardait leurs muscles sayants se tordre sous l’effort. La jeune femme ne se lassait jamais du spectacle.

Elle s’étonna de voir le soleil encore ardent malgré l’heure avancée. C’était vraiment incroyable, se dit-elle. Preuve que le réchauffement climatique était bien amorcé. Minière était vraiment magnifique aussi bien le quartier que sa plage.
Elle sentit un regard pesé sur elle et se retourna. Cet homme là-bas la regardait d’une manière vraiment effrontée, ce qui la mit aussitôt mal à l’aise. Elle décida de ramasser ses affaires, elle ne voulait plus s’attarder car la plage était aussi l’endroit favori des fumeurs de joints et de malades mentaux. Et voila qu’ il approchait maintenant en se dirigeant vers elle, au fur et à mésure qu’il avançait elle se rendait compte qu’il était tout le contraire de ce qu’elle avait cru voir, il était plutôt séduisant et ses yeux marrons étaient profondément expressifs. Il attendit d’être à sa hauteur pour engager la parole:
_ Salut, dit-il d’un ton dégagé.
_ Salut, répondit-elle en levant la tête avec méfiance..
_ Je voulais vous dire,… je sais que vous êtes venue pour bronzer, mais je vous jure que si vous passez encore cinq minutes sous ce soleil qui plus est, est de mars vous deviendrez du chocolat tout noir.
Son regard avait quelque chose de magnétique…
Christine pouffa de rire en guise de réponse et l’inconnu tourna les talons s’en allant comme il était venu, comme si son but en venant vers elle n’avait été que de la faire sourire. Christine
fixa son dos et lui imagina une vie, c’était surement le genre bon boulot, bon compte en banque, une copine dans chaque quartier de la capitale…, se dit-elle en souriant.
Elle sortit de sa rêverie en voyant la plage presque vide. Prestement, Christine ramassa ses affaires et se dirigea vers sa voiture qui était garée sur le bas-côté de la route qui surplombait la plage.
Elle démarra et roulait calmement sur l’asphalte nouvellement refaite. Aujourd’hui Hafsatou et le reste de la bande ne la feraient certainement pas sortir. Elle refuserait en bloc et ne se laissera pas fléchir par les mimiques et les bouderies de son amie, se jura-t-elle. Le crépuscule était déjà là. Fortement surprise par tout le temps qu’elle avait passé à Saïfon, elle n’entendit pas tout de suite son téléphone sonner. La radio diffusait une chanson qu’elle aimait bien . La plage n’était pas si loin de chez elle et c’est ce qui l’avait frappé en premier quand elle était venue louer cet appartement paisible avec des voisins chaleureux dans un quartier sans encombres. Tous les ingrédients pour débuter une nouvelle vie y étaient présents et le tout était à un prix plutôt raisonnable, alors elle sauta sur l’occasion. Elle s’était chargée elle même de la déco’. L’appartement n’était pas si exigu que cela : il comportait deux chambres, une salle d’eau, une cuisine suivie de la salle de séjour. Cela lui suffisait amplement car elle n’avait pas besoin de beaucoup de place.
Elle tourna la tête pour saluer Mme Barry sa voisine et vit son téléphone clignoter.
_Oui , allô? Fit-elle de sa voix cristalline
_Christy?
_Oui maman, comment vas-tu?
_Voyons, ça fait une heure que je t’appelle et que tu ne réponds pas.
_Désolée, il y avait de la musique je ne pouvais pas entendre le téléphone sonner. Excuse-moi. Comment ça va? Papa est-il allé voir le cardiologue ? J’espère qu’il continue les exercices prescrits? Le suis-tu bien maman?
_Une question à la fois Cristhine! Pour commencer ça va comme ci comme ça, je suis un peu tendue avec tout le boulot que ton père me fait faire, alors oui il est allé voir le cardiologue mais au prix de mille efforts que j ai dû fournir. Il ne cesse de repéter qu’il va très bien, et à l’ambassade il se tue a la tâche. J’ai beau lui dire de ne pas travailler comme ça à son âge avec toutes ses crampes qui sont devenues régulières et qu’il devrait prendre la retraite anticipée, il l’a pris comme une insulte et me fait la tête. Je suis au bord de la crise de nerfs Christy, je n’en peux plus je fais de mon mieux pour le suivre mais ce n’est pas du tout facile.
_Allons maman, fit-elle avec toute la tendresse dont elle était capable, s’il te plait encore quelques efforts je sais qu’il est devenu très grincheux avec la vieillesse. Tu dois le comprendre, tiens et si vous voyagiez un peu? Allez en France ou venez ici même pour quelques semaines. Changer te ferait beaucoup de bien, en parle lui et pensez-y d’accord?
_C’ est une idée. J’essaierai de le convaincre.  Sinon comment avancent les choses pour toi ? As-tu trouvé du travail?
_ Non pas encore, enfin Amadou Ly m’a recommandé à quelqu’un du groupe Global Alumina.  J’ai mon entretien demain matin à huit heures quinze.
_ Ah oui? C’est gentil de sa part. Eh bien, bonne chance alors ma chérie. Je te laisse, je dois y retourner. Il me faut voir quelque chose avec le jardinier qui vient d’arriver, dit-elle en raccrochant.
Christine savait que sa mère lui avait souhaité bonne chance uniquement pour la forme car depuis la fin de ses études supérieures à l’IAE de Paris et son diplôme en poche, son père et elle voulaient qu’elle exerce dans l’entreprise de leur ami Jean Paul Bouchardeau en région parisienne. Son père avait failli s’étrangler à table le jour où elle avait annoncé qu’elle allait postuler et essayer de trouver du travail comme tout le monde sans son aide en Sierre-leone. Mr Dia avait refusé de façon catégorique et avait clamé haut et fort qu’elle était une jeune femme immature et irresponsable et qu’il était hors de question qu’elle aille et vive seule dans un pays qu’elle ne connaissait pas et qui plus est, était en guerre.

_Tu sais très bien que la guerre y est finie papa, les investisseurs reviennent petit à petit et….

_Peu importe, avait-il fulminé la coupant net les yeux exhorbitants de colère. Sa mère lui avait fait signe de se taire pour ne pas envenimer la situation.

Toute sa famille et même son proviseur sur qui elle comptait pour convaincre ses parents l’en avaient dissuadée. Elle avait finalement laissé tomber la Sierra-Léone et avait opté pour la Guinée. Son père n’avait rien trouvé à redire ne trouvant plus d’arguments. Mais il lui avait quand même expliqué qu’il était extrêmement difficile de trouver du travail à Conakry et que les jeunes universitaires qui y résidaient avaient eux-même d’énormes difficultés à trouver un emploi. Et à en croire son expérience, elle reviendrait en France supplier Jean Paul de l’embaucher. Le lendemain elle avait fait ses valises bien décidée à relever ce défi. Il était bien entendu hors de question qu’elle revienne chercher du travail en France.
Cristhine gara sa voiture au parking à deux pas de chez elle. La nuit était complètement tombée à présent. Sur son lit, elle repensa à son rendez-vous de demain. « Plaise à Dieu que j’obtienne ce poste, j’ai tellement souffert » pria-t-elle intérieurement. Cristhine ferma les yeux, et à ce moment elle se rendit compte de toute sa fatigue. Elle repensa à cet inconnu, il était plutôt charmant avec ses cheveux mi-longs attachés en queue-de-cheval. Il y avait autre chose chez cet homme qui l’intriguait vraiment, sans qu’elle n’arrive à déterminer ce qu’était-ce. Mais il fallait reconnaître qu’il avait une carrure vraiment impressionante et pour finir sa blague était vraiment fondée. Elle l’avait constaté en prenant sa douche, elle avait vu des tâches douloureuses de rougeur sur son corps. Elle n’avait pas appliqué de créme solaire et s’en mordait les doigts maintenant. Elle se surprit à tant penser au jeune homme qu’elle se sermonna:

_Tu deviens folle ma petite, tu ne le reverras sûrement plus alors du calme et arrête de rêver.

Quelque chose en elle était pourtant persuadé du contraire et ce fut sourire aux lèvres qu’elle tomba dans les bras de Morphée…

13 Commentaires

      1. C’est pas « UNE oxymore » – qui est un nom masculin au passage – mais UNE antithèse – qui est bien féminin cette fois-ci. Écrire c’est bien, mais bien écrire c’est mieux. Inutile de tenter d’afficher des connaissances que l’on n’a pas pour s’afficher comme quelqu’un que l’on n’est pas.

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